Rechercher
  • Alice Desvilles

Avion détourné en Biélorussie : nouveau scandale du régime autoritaire

Par Marine Testé

Détournement d’un vol commercial par la Biélorussie


Le 23 mai, le gouvernement biélorusse a prétexté une alerte à la bombe afin de forcer l’atterrissage d’un avion Ryanair sur son territoire. Ce vol commercial transportait le journaliste d’opposition en exil Roman Prostassevitch et son épouse. L’opposant a par la suite été interpellé ainsi que son épouse, dès l’atterrissage.

L’Occident accuse le régime de Loukachenko d’avoir détourné le vol alors que celui-ci se défend d’avoir agi légalement face à une alerte à la bombe.

L’agence onusienne de l’aviation civile mène une enquête sur la violation du droit international de l’aviation.



Roman Protassevich : un journaliste biélorusse de l’opposition


Roman Protassevitch est l’ancien chef du média d’opposition biélorusse Nexta.

Il a joué un rôle-clé dans le mouvement contestataire en 2020 en Biélorussie suite à la réélection contestée de Loukachenko.

Ennemi public numéro un du régime, il s’est par suite exilé avant d’être arrêté lors du détournement de l’avion.


Quelques jours après son arrestation, la télévision publique biélorusse a diffusé des images de lui avouant qu’il avait effectivement appelé à des protestations contre le régime en 2020.

Par la suite, il a affirmé respecter le président et véhicule sa volonté de quitter la vie politique et de corriger ses erreurs.


Une ONG défendant les droits de l’homme affirme que les propos du journaliste ont été recueillis sous la menace, qu’elles soient psychologiques ou bien sous forme d’accusations injustifiées.

L’ex-journaliste est actuellement poursuivi pour organisation d’émeutes en Biélorussie, ce qui est passible de 15 ans de prison en Biélorussie.


La Biélorussie, ou le dernier régime autoritaire reconnu à ce jour en Europe


En 1994, Alexandre Loukachenko a été porté au pouvoir lors des premières élections présidentielles biélorusses. 26 ans plus tard, il dirige toujours le pays, à la suite d' une réélection controversée en août 2020.


Surnommé « Bakta », signifiant « père » en biélorusse, il mène des politiques empreintes de l’héritage soviétique, faisant de la Biélorussie un État totalitaire où il promeut patriotisme et idéologie d’État. Les jeunes sont embrigadés dès leur plus jeune âge dans les jeunesses biélorusses et les opposants sont surveillés de près.

Son pouvoir réside dans l’accord tacite qu’il a conclu avec son peuple, dans lequel il garantit une double sécurité. Une sécurité économique d’une part, faisant de la Biélorussie l’un des pays les plus dynamiques de l’ex-URSS, et existentielle d' autre part, faisant l’équilibre entre la Russie et l’Europe dans ce petit pays enclavé dans cette zone tampon.

Cependant les droits de l’Homme y ont été bafoués à maintes reprises.


Un pouvoir en danger


Suite aux élections présidentielles, soupçonnées d’irrégularités, en le réélisant pour un sixième mandat en août 2020, le peuple a pris les rues et d’importants mouvements contestataires ont vu le jour.


Loukachenko a rétabli son pouvoir avec des arrestations massives, usant de la répression et de la force donnée par son fidèle allié russe. Il dénonce des manifestations contrôlées par l’Occident qui souhaite le renverser.


Depuis 2020, son règne a pris un tournant, déjà avec l’apparition d’une classe moyenne très tournée vers les démocrates, étendu par l’accroissement des problèmes économiques du pays. De plus sa gestion de la crise du Covid-19 est plus que critiquable : le président n’a jamais pris au sérieux la pandémie mondiale, multipliant les apparitions télé où il rit de la pandémie mondiale, et a refusé catégoriquement tout confinement.


Loukachenko à droite avec le président de l'Azerbaïdjan Ilham Aliyev à gauche.

Réactions internationales


Les puissances occidentales dénoncent un subterfuge de la part du président biélorusse.

En représailles à cet acte, l’espace aérien biélorusse a été interdit. Pourtant un espace clé entre la Russie et l’ouest du continent européen, il est survolé par une centaine de vols commerciaux européens par jour.

Les compagnies ont adapté leurs itinéraires de vols, quitte à les rallonger, et n’atterrissent plus en Biélorussie.

De plus, la compagnie aérienne biélorusse, Belavia, à l'interdiction de survoler l’espace aérien européen.


Ces sanctions prises envers le régime de Loukachenko ont déplu à leur fidèle allié russe qui a riposté en annulant plusieurs vols en provenance de l’Europe. La stratégie de Moscou est de faire plier le front européen sur son boycott de la Biélorussie.


Concernant les États-Unis, ils avaient déjà mis en place des sanctions économiques à l’encontre de neuf entreprises publiques biélorusses, interdisant toute transaction avec ces sociétés, suite à la répression des manifestants en faveur de la démocratie.


Le régime autoritaire a riposté en réduisant le personnel diplomatique, administratif et technique de l’ambassade des États-Unis à Minsk. De plus, la procédure de délivrance des visas biélorusses a été durcie et le régime a retiré l’autorisation de travailler sur son territoire à l’agence américaine pour le développement international.


Les États-Unis ne souhaitent pas en rester là et voudraient imposer des sanctions supplémentaires en concertation avec l’Union Européenne suite au déroutage de l’avion. Le porte-parole des affaires étrangères biélorusse dénonce « des actions illégitimes qui vont à l’encontre du droit international visant à faire pression sur un État souverain ».


Crédit photo 1 : Bene Riobó/ Wikimedia Commons, no change made / Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0

Crédit photo 2 : Presidential Press and Information Office/ Wikimedia Commons, no change made / Creative Commons Attribution 4.0


6 vues0 commentaire