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Contestation du système militaire et monarchique en Thaïlande

Dernière mise à jour : mars 25

Par Rita Sidki


Le mercredi 25 novembre, douze des principaux meneurs du mouvement de contestation étudiante, débuté en septembre, ont été convoqués par la police. Ils sont accusés d’avoir violé l’article 112 du Code pénal. Il s’agit de la loi sur la lèse-majesté dont le non-respect. Elle peut punir jusqu'à quinze ans de prison toute insulte, critique ou diffamation envers le roi ou un membre de sa famille. Cette loi est l'une des plus sévères au monde. La justice thaïlandaise n’y a pas eu recours depuis deux ans sous demande du roi Rama X. Cette loi a en effet été utilisée à plusieurs reprises dans le passé pour faire taire l’opposition au régime militaire.


Répression du mouvement étudiant prodémocratie


Un mouvement de contestation pacifique et prodémocratie mené par des jeunes Thaïlandais a débuté dans les campus étudiants du royaume en septembre 2020. Les militants protestent contre le système politique contrôlé par l’armée et les abus de pouvoir dont fait preuve le monarque Rama X. Ils souhaitent en particulier une réforme de la Constitution jugée liberticide et demandent la démission du Premier ministre. Ce dernier est un ancien général ayant mené le coup d’Etat de 2014.


Ce mouvement se caractérise notamment par des demandes de réformes inédites du régime monarchique : les militants dénoncent le contrôle du roi sur l’armée. Ils souhaiteraient que ce dernier se limite à son rôle honorifique en suivant le modèle de la monarchie parlementaire britannique.

Crédit photo : Clint Oka/ Unsplash

L’imposition des contribuables thaïlandais est également au cœur des tensions. Les militants demandent la fin du financement du budget royal qu’ils jugent trop élevé et inégalement réparti.


Après un mois de manifestations, le pouvoir thaïlandais a finalement ordonné la répression du mouvement étudiant. Des interdictions de manifester et un couvre-feu ont été mis en place et l’état d’urgence a été déclaré. Les affrontements entre les militants et la police anti-émeute se sont multipliés ces dernières semaines et de nombreuses arrestations ont eu lieu.


Certains journalistes qualifient ce mouvement de « Mai 69 thaïlandais » : il se caractérise en effet par une remise en question de l’autorité, des valeurs traditionnelles. Il semble notamment être devenu le symbole d’une génération qui exprime un mécontentement partagé.


Un sentiment antimonarchique de plus en plus présent chez les jeunes


Le roi actuel se nomme Maha Vajiralongkorn du nom dynastique : Rama X. Il est aujourd’hui le monarque le plus riche au monde avec une fortune estimée à entre 30 et 60 milliards de dollars. Il a été officiellement couronné le 4 mai 2019 mais est au pouvoir depuis 2016 à la suite du décès de son père le roi Rama IX.


Comme son père avant lui, Maha Vajiralongkorn ne semble pas disposé à avoir un rôle purement honorifique dans la politique thaïlandaise. Depuis sa montée sur le trône, il a obtenu la modification de deux articles de la nouvelle Constitution en sa faveur en 2017. En 2018, le roi a pu obtenir la propriété des avoirs du Bureau de la Couronne auparavant gérés par le ministère des Finances. Or ce fond se confond avec sa fortune personnelle ce qui est source de controverses parmi la population thaïlandaise.


Certains analystes et observateurs décrivent le règne de Rama X comme autoritaire, s’appuyant sur les relations entre l’armée et la monarchie. Il lui est également reproché de « mépriser » ses sujets en adoptant parfois un comportement considéré « provocateur » comme le fait qu’il réside la plupart du temps en dehors de la Thaïlande.

L'institution royale reste néanmoins un pilier de l'ancien royaume du Siam, bien que la Thaïlande ne soit plus une monarchie absolue depuis 1932. Elle conserve enfin un grand soutien parmi la classe aisée et l’élite financière thaïlandaise.


Le rejet d’un gouvernement issu d’un coup d’Etat militaire


Le 24 mars 2019, après cinq années de junte militaire, le chef de la junte, Prayuth Chan-o-cha, est reconduit dans ses fonctions de Premier ministre avec l’accord du Parlement.


Ce procédé, se voulant démocratique, a été fortement contesté car il symbolise le renforcement du pouvoir qu’exerce l’armée sur les affaires publiques. L’actuel Premier ministre a en effet coordonné le coup d'État de 2014.


L’influence de l’armée dans les affaires publiques rappelle des drames humains qui ont eu lieu en Thaïlande par le passé : les violentes manifestations populaires durement réprimées pendant les années 2010 lorsque l’armée avait tiré sur la foule, faisant une centaine de morts.


Le pouvoir a cependant affirmé n’offrir aucune concession ni changement face au mouvement de protestation. Pour l'instant, on ne peut envisager la fin de la crise. La montée des tensions entre manifestants et forces de l’ordre ainsi que les événements de mercredi sont à surveiller de près.


Crédit photo : The Public Relations Department (กรมประชาสัมพันธ์), Wikimedia Commons / no change made, licence Creative Commonspaternité 3.0 Thaïlande

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