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  • Alice Desvilles

Guerre du Tigré, un conflit ethnique de plus en Ethiopie

Par Nacim Souni


Cela fait plus de trois semaines que le TPLF (Front de Libération du Peuple du Tigré) est en guerre avec le gouvernement d’Addis Abeba. C’est ainsi que le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a tout juste annoncé la fin des 72 heures accordées au parti qui contrôle la région du Tigré pour se rendre. Il a pour cela indiqué sur Twitter que les forces gouvernementales étaient en phase de reconquête du territoire et que le TPLF devrait se rendre dans les plus brefs délais.


Intensification des tensions


En effet, ce pays de la corne de l’Afrique est en proie à des tensions internes depuis de nombreuses années. Affaiblie par un conflit territorial important avec son voisin l’Erythrée, les contestations grondent.


C’est dans ce contexte que Abiy Ahmed a indiqué que l’armée éthiopienne était en chemin. Ce conflit dénombre déjà des centaines de morts officiellement, et 30 000 réfugiés ont été contraints de fuir vers le Soudan voisin. Par ailleurs, ce déplacement massif de population risque de fragiliser le Soudan, un pays lui aussi en proie à de violentes tensions internes.

Crédit photo : Timon Studler / Unsplash

António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, a d’ailleurs demandé “l’ouverture de couloirs humanitaires” afin d’aider les civils pris au piège dans les combats sévissant dans la région. Il a ainsi ajouté “Nous sommes particulièrement préoccupés par la situation en Ethiopie”.


Dès la première semaine de novembre, ce conflit s’est militarisé. Il s’est alors intensifié de plus en plus jusqu’à arriver à la situation actuelle. Le 15 novembre, les forces indépendantistes du TPLF ont lancé des roquettes près de l’aéroport d’Asmara, la capitale de l’Erythrée. En effet, le TPLF avait affirmé que des soldats érythréens combattaient aux côtés de l'armée éthiopienne. Cette déclaration semblait vouloir souligner la faiblesse du gouvernement central qui aurait ainsi demandé de l’aide à son ennemi historique. Cette affirmation n’a toutefois pas pu être corroborée par d’autres sources et le gouvernement érythréen les nie.


Une situation floue


Cependant, il est très difficile de connaître la situation réelle sur le terrain. En effet, les moyens de communication classiques comme internet, les téléphones portables ou les lignes de téléphone fixes sont coupés. Malgré cela, la guerre en Éthiopie attire l'attention des médias du monde entier. En effet, non seulement s’agit-il du deuxième État le plus peuplé du continent africain -110 millions d’habitants-, mais le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a reçu le prix Nobel de la paix en 2019 pour avoir fait la paix avec l'Erythrée voisine. Il a également été récompensé pour avoir lancé un processus de démocratisation ambitieux dans le pays.

Crédit photo : Wikimedia Commons / no change made

Toutefois, l'enthousiasme généré par ce nouveau Premier ministre n'a pas duré longtemps. En effet, Abiy a été accusé de déguiser une politique autoritaire derrière une promesse illusoire de démocratie. Il retomberait ainsi dans la même violente répression que ses prédécesseurs.


En réalité, il est également difficile de savoir la véritable nature du régime du président Abiy Ahmed. En effet, la source du problème réside dans le fait que l’un des principaux partis de l’opposition, le TPLF est exclu des élections.


Une minorité non représentée


Le TPLF avait en effet été exclu à l'arrivée au pouvoir d'Abiy Ahmed. Pourtant, le parti avait été la force la plus influente de toute la politique éthiopienne durant des décennies, cela malgré la taille du groupe ethnique représenté, les Tigrinyas, qui ne correspondent qu’à 6% de la population nationale. La surreprésentation de ce groupe ethnique a par ailleurs créé beaucoup de tensions au sein du pays. Les Tigrinyas sont des ennemis redoutables pour le pouvoir central car ils ont souvent levé les armes contre lui. Ce fut le cas en 1991 par exemple, avec la marche rebelle vers Addis-Abeba.

 

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