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L’élection de Joe Biden : un tournant dans les relations Chine Etats-Unis ?

Mis à jour : mars 31

Par Anastasia Postovan et Alice Desvilles


Des négociations possibles malgré la promesse d’être “dur”


Joe Biden l’a annoncé : il a l’intention de maintenir une politique dure face à Pékin. Rare point commun avec les républicains, les démocrates veulent impérativement « contenir » l’ascension foudroyante sur la scène mondiale de l’ancien empire du milieu. Celui-ci représente, à leurs yeux, une menace pour la sécurité nationale américaine.


« Les démocrates apparaissent moins militants. Aussi devraient-ils prendre davantage soin d’éviter tout conflit militaire même limité et faire davantage attention à la gestion de crise et à la communication avec la Chine », estime Shiu Yinhong, chercheur à l’Université du Peuple de Pékin. Il est d’ailleurs l’un des universitaires les plus estimés en Chine dans le domaine des relations internationales.


Parmi les principaux sujets de tension entre Pékin et Washington, la présence chinoise en mer de Chine du sud et Taiwan devront faire état d’une grande prudence. En effet, la situation de Taiwan reste inquiétante aux yeux des Etats-Unis, avec une forte hausse du nombre de survols de l’île par des avions militaires chinois depuis le début de l’épidémie de coronavirus. D’autant plus que les agissements de la Chine à Hong Kong laissent entrevoir sa stratégie.


Une politique plus réfléchie et moins imprévisible


« Pour le moins, la politique de Biden ne sera pas aussi émotionnelle et ridicule que celle de Trump », affirme Yu Wanli, professeur de relations internationales à l’Université des Langues et de la Culture de Pékin. Biden va devoir évoluer dans un contexte de fortes tensions mises en place par son prédécesseur, avec notamment une nouvelle alliance militaire qui montre la perception de la menace régionale chinoise: le Dialogue quadrilatéral pour la sécurité entre Inde, Etats-Unis, Japon et Australie.


Les conseillers du candidat démocrate ne cessent de marteler le caractère crucial de la réduction de l’influence et du pouvoir économique de la Chine. En effet, ceux-ci ne font qu’accentuer l’interdépendance déjà forte. C’est pourquoi la nouvelle présidence veut poursuivre la campagne publique de soutien aux secteurs technologiques stratégiques, notamment l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et les réseaux 5G.

Crédit photo : Karolina Grabowska, Canva License Pro

Quant aux droits de douane largement rehaussés par Donald Trump, l’administration Biden semblerait vouloir les pérenniser. Ainsi, les conseillers de Joe Biden soulignent l’irréalisme des propos des soutiens de Donald Trump qui n’hésitent pas à évoquer une nouvelle Guerre froide, s’inspirant du bras de fer qui avait alors opposé les Etats-Unis et l’Union soviétique. Loin d’une fermeture totale de leurs frontières économiques respectives, plus de 500 milliards de dollars de biens ont été échangés entre les deux pays l’an passé, et ce malgré la guerre commerciale. L’interdépendance reste forte, puisque Apple par exemple, le redoutable champion américain, dépend toujours de ses fournisseurs chinois pour les principaux composants de ses iPhones.


Trump a vu Pékin devenir un concurrent de plus en plus sérieux


Après deux décennies de rapprochement entre les deux géants économiques, le président Trump a rompu leurs relations. Mené par ses positions tranchées et peu prévisibles, le locataire de la Maison Blanche a imposé des droits de douane forts et a fait pression sur ses alliés pour qu’ils trouvent une alternative aux technologies chinoises. C’est ainsi que, guidée par la peur d’une concurrence de plus en plus sérieuse et dite déloyale, l'administration Trump a même menacé les importations européennes si des sanctions n’étaient pas appliquées envers la Chine.


D’autre part, Donald Trump ne considérait ses relations avec Pékin qu’en matière d’échanges économiques, du moins avant l’apparition de coronavirus. Joe Biden semble, lui, annoncer une ligne de conduite nettement plus intransigeante quant aux droits de l’homme en Chine. Ainsi, on pourrait attendre une réaction de sa part concernant les Ouïghours du Xinjiang, le Tibet ou encore Hong Kong. Il a d’ailleurs déclaré que s’il était élu, il souhaiterait rencontrer le Dalaï Lama, chef spirituel des Tibétains dénoncé comme un “dangereux séparatiste” par Pékin.


Crédit photo : Wikimedia Commons, from the U.S. Department of States

Une indifférence affichée par Xi Jinping


Si on écoute les propos officiels de la Chine, les futurs locataires de la Maison Blanche n’altèreront pas le fait que la Chine rattrapera, voire dépassera la première puissance mondiale dans les décennies à venir. Derrière cette confiance assumée, on peut deviner la conviction que les relations avec les Etats-Unis resteront difficiles et tendues. « La future administration Biden prendra sans doute une position encore plus dure sur Hong Kong, Taiwan, le Xinjiang, la mer de Chine du Sud et d’autres questions sur les droits de l’homme », juge Shi Yinhong.


Contrairement aux Européens et à plusieurs pays asiatiques, la Chine n’a pas félicité Joe Biden dès l’annonce de sa victoire. Xi Jinping avait pourtant téléphoné à Donald Trump dès le lendemain de son élection, en 2016. Ceci marque sa volonté affichée d’une prise de position en force face à Joe Biden.


Par ailleurs, dans le Quotidien du peuple chinois, on ne trouve aucune référence aux Etats-Unis. « Nous avons relevé que M. Biden s’est déclaré vainqueur, nous comprenons que le résultat de l’élection présidentielle américaine sera déterminé selon les lois et procédures américaines », s’est contenté de déclarer un porte-parole du ministère des affaires étrangères lundi 9 novembre. Le quotidien chinois officiel en langue anglaise China Daily n’a fait qu’estimer que « les relations [entre la Chine et les Etats-Unis] peuvent être réinitialisées, pour le meilleur », sans nommer ni Trump ni Biden.

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