Rechercher
  • Alice Desvilles

Le coup d'Etat en Birmanie signe la fin brutale de la transition démocratique

La Birmanie sous tension : une impossible cohabitation entre dirigeants civils et militaires


Le Parti militaire birman n’a toujours pas digéré sa défaite écrasante lors des élections législatives en novembre dernier face au parti de l’actuel dirigeant, Aung San Suu Kyi, la Ligue Nationale pour la Démocratie. Dénonçant une fraude lors de la tenue des élections, le porte-parole de l’armée a récemment réitéré sa demande de vérifier les listes électorales, menaçant le cas échéant d’une « reprise en main du pays » par les militaires.

Cette dernière semaine plusieurs véhicules blindés appartenant aux forces militaires ont stationné dans plusieurs villes du pays. Des manifestations militaires ont été organisées sous l’égide du chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing.

Barricades pour le coup d'Etat. Crédit photo : OneNews, Wikimedia Commons / no change made

Renversement de la jeune dictature : un coup d’État soudain, mais prévisible


La communauté internationale s’inquiète d’un possible coup d’État en Birmanie; pour cause, ce lundi 1er février, la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi a été arrêtée par l’armée, ainsi que plusieurs autres dirigeants civils. L’armée en a profité pour placer ses généraux au pouvoir et a déjà proclamé l’état d’urgence pour un an. C’est Myint Swe qui dirigeait un commandement militaire, qui obtient le poste honorifique de président par intérim, alors que les pleins pouvoirs législatifs, administratifs et judiciaires reviennent au général de l’armée.


Le putsch s’est déroulé sans violence : les militaires ont bloqué toutes les routes autour de la capitale avec des véhicules blindés et des soldats armés. De plus, des hélicoptères surveillaient les environs. L’armée s’est également emparée de l’hôtel de ville de la capitale économique du pays, Rangoon, et a fermé l’accès à l’aéroport international.


Un bras de fer entre l’armée et la commission électorale


L’armée a dénoncé 8,6 millions de cas de fraude dans le pays lors des élections législatives et souhaite pouvoir enquêter dessus. La commission électorale a déclaré qu’aucune fraude massive ne pourrait invalider les élections. Elle s’oppose donc à cette demande, justifiant que le scrutin avait été « juste, libre et crédible, reflétant la volonté du peuple ». Malgré qu’elle ait contesté les allégations des forces militaires, la commission a admis reconnaître la présence de défauts dans les listes électorales. Elle enquête actuellement sur 287 cas.


Le général et chef de l’armée Min Aung Hlaing a déclaré que la constitution pourrait être « révoquée » dans certaines conditions. Il a même menacé la commission si elle ne lui fournit pas les listes électorales afin de procéder à des vérifications : « on ne dit pas que l’armée prendra le pouvoir, mais on ne dit pas qu’elle ne le prendra pas ». L’armée justifie ce putsch par la volonté de mettre en place de nouvelles élections « plus libres et équitables » dans un an, à la fin de l’état d’urgence.


La Birmanie, une très jeune démocratie


C’est un régime militaire qui a gouverné la Birmanie pendant près d’un demi-siècle à la suite d’un coup d’État militaire en 1962. Ce régime a coupé sa population d’internet pendant des années et refusé toute aide humanitaire malgré une catastrophe naturelle engendrant des centaines de milliers de morts. La constitution, rédigée par la junte, indiquait que le pouvoir se partage entre les civils et généraux du pays. Aujourd’hui, et depuis 2016, le pays est dirigé par un président qui n’est pas issu de l’armée.

Aung San Suu Kyi. Crédit photo : www.dfat.gov.au, Wikimedia Commons / no change made

Le scrutin législatif de novembre était en réalité les deuxièmes élections démocratiques organisées depuis la fin du régime militaire de la junte en 2011. Lors des premières, c'était le parti de la LND, mené par Aung San Suu Kyi qui avait gagné, nourrissant les espoirs d’une démocratie nouvelle. En novembre dernier, la LND a renforcé son pouvoir par une victoire écrasante de 396 sièges à l’Assemblée nationale.


Réactions nationales et internationales


La cheffe d’état, prix Nobel de la paix, avait pré enregistré un message destiné à être publié si jamais elle venait à être arrêtée dans lequel elle demande à son peuple de ne pas accepter ce putsch. Elle ajoute : « L’armée tente de replonger le pays sous la dictature militaire en négligeant la pandémie du coronavirus qui frappe de plein fouet la Birmanie. »

Les banques de tout le pays ont été temporairement suspendues, à cause des mauvaises connexions internet, engendrant des queues massives devant tous les distributeurs automatiques. De plus, les télécommunications sont fortement perturbées.


Le coup d’État a été immédiatement condamné par les États-Unis et unanimement par la communauté internationale.


Charles Michel, président du Conseil européen est également allé dans ce sens, demandant la libération immédiate de « tous ceux qui ont été illégalement détenus ». Il ajoute que « le résultat des élections doit être respecté et le processus démocratique doit être rétabli », concluant que « le peuple du Myanmar veut la démocratie, l’Union Européenne est avec lui ».


Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a également condamné fermement la situation en Birmanie, indiquant que « ces développements portent un coup dur aux réformes démocratiques en Birmanie. »

La Chine appelle les Birmans à « régler leurs différends dans le cadre de la Constitution et des lois afin de maintenir la stabilité politique et sociale ».

12 vues0 commentaire
 

©2020 par EDHEC Nations Unies. Créé avec Wix.com