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  • Alice Desvilles

Les élections ghanéennes sous tension

Mis à jour : mars 25

Par Nacim Souni et Alice Desvilles

Le lundi 7 décembre ont eu lieu des élections présidentielles et législatives cruciales au Ghana. Avec 515 524 voix d’écart et 51,59% des votes, le président sortant Nana Akufo-Addo a été réélu. Toutefois, dès ce jeudi 10 décembre, l’opposition, représentée par le candidat John Mahama, conteste les résultats de cette élection, les qualifiant de “frauduleux”.

John Mahama.

“Nous n’accepterons pas les résultats frauduleux de ces élections”


Pendant les deux premiers jours suivant les élections, le leader de l’opposition, John Mahama, chef du Congrès National Démocratique (NDC) était donné gagnant face au candidat du Nouveau Parti Patriotique (NPP).

Ceci l’a alors poussé à rejeter à la fois le second mandat du président ghanéen mais aussi les résultats provisoires des législatives « Nous n’accepterons pas les résultats frauduleux de ces élections et nous prendrons toutes les mesures légitimes pour inverser cette injustice. [...] De nombreuses mesures ont été prises pour manipuler les résultats de l’élection en faveur du président sortant ».

Le vendredi 11 décembre, la Commission n’a pas encore annoncé les résultats des législatives, mais ils s’annoncent déjà très serrés. D’après les premiers résultats, le parti présidentiel aurait remporté 137 des 275 sièges du Parlement. Face à lui, le NDC en a récolté 136 et seulement un est indépendant. C’est le siège du député de la région de Bono Est qui est donc crucial, le seul à pouvoir inverser la tendance. Le candidat Mahama continue de dire que le NDC a gagné une majorité de 140 sièges.

Une élection quelque peu tendue

Mahama a notamment dénoncé une forte présence militaire autour des bureaux de vote et au moment des dépouillements. Si ces accusations venaient à être prouvées, il s’agirait d’une tentative de manipulation des votes en sa faveur par le président sortant. Cependant, aucune preuve n’a été avancée. Au contraire, cette élection a été jugée régulière par le Codeo (Coalition d’Observateurs des Élections Domestiques). Cette coalition d’observateurs a d’ailleurs surveillé 4000 des 38 000 bureaux de vote.

De plus, le chef de la mission d’observation de l’Union Européenne, Javier Nart, s’est félicité du fait que les Ghanéens aient pu voter “librement”. Et cela même malgré la mort tragique de cinq personnes lors d’incidents isolés dans le cadre de violences électorales. En effet, les deux candidats avaient pris des précautions avant l’élection. Forts d’une bonne entente -ils se connaissent très bien-, les deux opposants ont signé un “pacte de paix” qui les engage à ne cautionner aucune violence ni lors du processus de vote, ni au moment de la révélation des résultats.

Ainsi il apparaît que ces élections se sont tout de même déroulées paisiblement, et elles sont déjà désignées comme un franc succès pour la démocratie ghanéenne. C’est d’autant plus le cas cette année puisque l’Afrique de l’Ouest a vu de nombreuses élections sombrer dans le chaos, comme en Côte d’Ivoire.

On peut expliquer ces efforts par le fait que ces mêmes candidats se sont déjà affrontés à trois reprises. Leurs précédentes élections ont déjà souffert de tensions. En effet, en 2012 Mahama avait raflé la victoire avec 50,7% des voix; en 2016 Akufo-Addo l’a remporté avec 53,8% des voix. Par ailleurs, en 2012, Akufo-Addo avait déposé un recours contre les résultats présidentiels, mais la Cour Suprême ghanéenne avait à cette époque confirmé la victoire de Mahama. Cela explique aussi l’effritement de l’entente cordiale des deux candidats au lendemain de l’élection.

Une satisfaction internationale

La situation est certes dénoncée par l’opposition du président Akufo-Addo, néanmoins ses homologues africains semblent satisfaits par ces résultats. Ainsi, le président nigérian Muhammadu Buhari a félicité le président ghanéen pour sa réélection. Il a même félicité l’ensemble du peuple ghanéen pour le succès de ces élections qui se sont tout de même déroulées dans un calme relatif et le respect de tous les partis. Selon lui, cette élection est une excellente nouvelle pour l’enracinement de la démocratie en Afrique de l’Ouest.

Ces élections apparaissent par ailleurs dans un contexte de tensions dans la région. En effet, le Nigéria même est le théâtre de fortes tensions : des dizaines de personnes ont été tuées dans le cadre de manifestations pacifiques dénonçant le président Muhammadu Buhari. Pays pourtant jugé comme un des grands espoirs démocratiques de l’Afrique de l’Ouest, la répression violente de ces manifestations a été dénoncée par la communauté internationale.

Le Ghana se présente donc comme un certain espoir démocratique pour l’Afrique. Mais l’inquiétude demeure que le Président Akufo-Addo brigue un troisième mandat et se retrouve au milieu d’un scandale de fraude comme ses proches voisins guinéen et ivoirien, Alpha Condé et Alassane Ouattara.


Crédit photo 1 : John Dramani Mahama, Wikimedia Commons / No change made, Creative CommonsAttribution-Share Alike 4.0 International license

Crédit photo 2 : PhilemonYoo, Wikimedia Commons / No change made, Creative CommonsAttribution-Share Alike 4.0 International license

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