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  • Alice Desvilles

Mouvement de contestation sociale durement réprimé en Colombie

Par Rita Sidki


Le mercredi 5 mai a été marqué par une nouvelle journée de mobilisation contre le gouvernement d’Ivan Duque en Colombie. Dans la capitale, Bogota, des milliers de manifestants défilaient en scandant « Duque démissionne ».


Policiers face à un manifestant.

Des manifestations sanglantes


Depuis quelques jours, le mouvement de protestation contre les politiques de santé, d’éducation et de sécurité du président Ivan Duque devient de plus en plus violent.

Cette semaine, les manifestations ont en effet été durement réprimées. L’entité publique du « défenseur du peuple » a répertorié le 5 mai un bilan de 24 morts causé par les violences avec un total de 846 blessés. L’ONG Reporters Sans Frontières estime quant à elle qu’il y a eu 76 agressions de journalistes. Des actes de vandalisme de bâtiments publics ont été répertoriés et des postes de police ont été incendiés.


La mobilisation a débuté le 28 avril contre un projet de réforme fiscal accusé de pénaliser les classes moyennes déjà fortement affectées par la pandémie de Covid-19. Le projet prévoyait notamment l’augmentation de la TVA et de l’élargissement de la base de l’impôt sur le revenu. Le gouvernement a finalement retiré de ce projet les aspects les plus critiqués et ainsi sous la pression, le ministre des Finances a démissionné de ses fonctions. Cependant, cela n’a pas suffi à calmer les tensions.


Le gouvernement affirme que le mouvement de contestation a été infiltré par des groupes de narcotrafiquants et des organisations paramilitaires telles que les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). Ivan Duque a affiché son soutien aux forces de l’ordre et a dénoncé ce mercredi « la menace vandale d’une organisation criminelle qui se cache derrière des aspirations sociales légitimes pour déstabiliser la société ».


Toutefois, dans une tentative d’apaiser la situation, Ivan Duque a annoncé la tenue de réunions entre des entités juridiques et administratives colombiennes telles que le Parlement et les tribunaux. Mais les représentants de la mobilisation n’y seront pas conviés.


Un président contesté


Ivan Duque, élu en 2018, est issu de la droite conservatrice colombienne. La réforme fiscale avait été annoncée comme le projet-phare de son mandat. Il a à plusieurs reprises affiché sa volonté d’adopter une politique économique d’austérité pour renflouer les caisses publiques. Depuis 2019, de nombreuses manifestations contestant ses projets avaient déjà lieu.



Il bénéficie du soutien de l’ancien président Alvaro Uribe qui dirigeait le pays de 2002 à 2010. Le réseau social Twitter a supprimé certains de ces récents tweets pour « glorification de la violence » où il justifiait que les forces de l’ordre utilisent leurs armes contre les manifestants.

L’Union Européenne, les Etats-Unis et l’ONU dénoncent un usage disproportionné de la violence par les forces de l’ordre.


Les revendications des manifestants


Les manifestants ne protestent plus seulement contre le plan de réforme fiscale mais expriment désormais une colère généralisée contre les politiques d’éducation, de santé, le manque de sécurité et l’aggravation des inégalités dans le pays. Le pays souffre tout d’abord d’une situation économique fragile ; la crise sanitaire a aggravé la récession et le taux de pauvreté a atteint 42,5% de la population en 2020. De plus, près de la moitié de la population active vit de l’économie informelle.

Un autre projet actuellement débattu au Congrès est rejeté par les manifestants. Il s’agit de la réforme du système de santé dont il est reproché d’être inspiré du modèle américain avec le monopole des assurances de santé privées.


La question des violences policières a été au centre du débat public dès 2019, à la suite de la mort de Dilan Cruz, jeune homme tué par la police lors d’une manifestation. Cet évènement est rapidement devenu le symbole de la violence policière dans le pays.


La recrudescence du conflit armé est également abordée par le mouvement de contestation sociale. En 2016, un accord de paix a été signé entre le commandant des FARC et le président de l’époque. Or les violences n’ont pas cessé et de nombreux participants dénoncent des violations de l’accord et des assassinats de leaders sociaux et ex-combattants.

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