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  • Alice Desvilles

Référendum en Nouvelle-Calédonie, la fin d'une colonie?

par Rita Sidki


Un référendum historique


« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». Le 4 octobre 2020, les résultats du deuxième scrutin du référendum d’indépendance de l’archipel de la Nouvelle-Calédonie, auquel étaient appelés aux urnes les 175 000 électeurs, sont les suivants : le “non” a récolté 53,26% des voix et le “oui” 46,74%. Il s’agit du deuxième scrutin concernant la possible indépendance de la Nouvelle-Calédonie vis-à-vis de la France. Il aura été marqué par une participation massive (plus de 80% des électeurs) et un score obtenu par les indépendantistes plus important que lors du premier scrutin. Dans un communiqué, Emmanuel Macron a déclaré que c’était avec un « profond sentiment de reconnaissance » qu’il accueillait ces résultats.


Une histoire difficile


La mémoire particulièrement difficile des Kanaks est au cœur des délibérations. Ce peuple, originaire du territoire calédonien, revendique particulièrement l’indépendance de l’archipel. L’histoire coloniale de la Nouvelle-Calédonie, qui débute officiellement en 1853, alimente en effet certaines tensions notamment autour des spoliations des terres et des ressources, et des déportations de la population locale dans des « réserves Kanak ».

A partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, un clivage s’installe au sein de la société néo-calédonienne : d’un côté les « Caldoches », descendants des colons et de l’autre les Kanaks, devenus minoritaires à partir des années 1960.


De nombreux affrontements entre Kanaks et Caldoches ont eu lieu à partir des années 1980, et c’est dans un climat de presque guerre civile que la question de l’indépendance prend de plus en plus de place dans le débat politique français. La prise d’otages d’Ouvéa de gendarmes français en 1988 par des indépendantistes Kanaks aura été le point culminant de cette période de violences.


Des mesures ont alors été prises par l’Etat français : politique de rééquilibrage économique et territorial entre les communautés, revalorisation de la culture locale et surtout inscription du statut institutionnel spécifique et complexe de la Nouvelle-Calédonie dans la Constitution.


Signés en 1998, les Accords de Nouméa prévoient le transfert de certaines compétences de la France vers la Nouvelle-Calédonie dans de nombreux domaines à l'exception de ceux de la défense, de la sécurité, de la justice et de la monnaie notamment. Il s’agit d’un processus de décolonisation progressive qui prévoit la tenue de trois référendums d’indépendance, dont deux ayant déjà eu lieu, au cas où le non obtiendrait un résultat important lors des scrutins précédents.


Crédit photo : Jeremy Zero / Unsplash

Deux idéologies concurrentes


Deux idéologies sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie s’opposent, bien que pour l’instant il n’y ait pas de consensus précis qui définisse quelles seraient les mesures à prendre à la suite d’une possible indépendance.


Les loyalistes, favorables au maintien de l’archipel dans la République, se positionnent en faveur de la réconciliation entre les communautés autour de leur appartenance commune à la France et affirment que l’indépendance risquerait d’appauvrir le territoire. Ils rappellent que la Nouvelle-Calédonie, qui dispose déjà d’une grande autonomie par rapport à l’Etat Central, risquerait de se retrouver marginalisée dans la mondialisation commerciale et financière et que les inégalités au sein de la population en seraient encore plus exacerbées.


Les indépendantistes revendiquent principalement une volonté d’affirmer leur identité et de pouvoir développer une véritable citoyenneté néo-calédonienne. Ils chercheraient principalement à retrouver une certaine dignité liée à une mémoire forte en symboles et en appartenances. Ils n’ont néanmoins pas rejeté la possibilité d’entrer dans une relation « d'indépendance association » avec l’Etat français si le processus d’indépendance avait effectivement lieu afin de ne pas désavantager les Néo-Calédoniens : ils souhaiteraient confier certaines compétences à la France telles que les fonctions militaires. Or cette proposition est considérée comme « contradictoire » avec le principe de pleine souveraineté par certains militants. Le résultat de ce second scrutin laisse les spécialistes et les politiciens perplexes.


Tandis que les indépendantistes clament une possible victoire du oui lors du prochain scrutin, les loyalistes estiment qu’au prochain scrutin, les habitants soucieux de leur niveau de vie favorisent le non. Le processus progressif de décolonisation dans le cadre des Accords de Nouméa s’achèvera officiellement en 2022, il est estimé que le prochain et dernier scrutin devrait avoir lieu à partir d’avril 2021.

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