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République centrafricaine : des élections sous tension

Mis à jour : mars 25

Par Célia Museux


Ce dimanche 27 décembre 2020 se tenaient simultanément en République centrafricaines les élections présidentielles et législatives, dans un contexte particulièrement tendu.

Soldat de l'armée centrafricaine.

Les candidats aux élections présidentielles


Au total, 17 candidats se sont présentés à la présidence, pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois, en vertu de la Constitution adoptée en 2016. Parmi eux figurent le Président sortant et favori Faustin-Archange Touadéra (MCU) ainsi que les anciens Premiers ministres Anicet-Georges Dologuélé (URCA) et Martin Ziguélé (MLPC).


La candidature de l’ancien président François Bozizé (2003-2013) a quant à elle été invalidée par la Cour Constitutionnelle le 3 décembre 2020. Cette décision se réfère au mandat d’arrêt international qui pèse sur lui depuis le 31 mars 2014, pour motifs d’assassinats, d’exécutions extrajudiciaires et de torture.


Bozizé appelle au Boycott de l’élection présidentielle


François Bozizé a déclaré soutenir la rébellion et a appelé les Centrafricains à ne pas aller voter dimanche dernier : « Laissez Touadéra seul aller déposer son bulletin dans les urnes ». Il avait d’abord appelé ses partisans à voter pour Dologuélé, le candidat d’opposition le plus sérieux face à Touadéra, avant de leur demander de ne plus aller voter.


Une stabilité particulièrement précaire en République centrafricaine

Avec un IDH classé avant-dernier, 71% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté et dépendant d’une aide internationale omniprésente, la République centrafricaine peine à se remettre du conflit politico-militaire engendré par la prise de pouvoir de la Séléka. Coalition de groupes armés à dominante musulmane, cette dernière avait défait par un coup d’Etat l'ancien président Bozizé en 2013. La Centrafrique avait alors sombré dans sa troisième guerre civile. Les affrontements ont opposé les groupes armés musulmans de la Séléka aux milices chrétiennes animistes « Antibalaka », causant des milliers de morts et près d’un million de déplacés.


Le 6 février 2019, la signature d’un accord de paix entre le gouvernement de Touadéra et 14 groupes armés, dit « accord de Khartoum », a permis une baisse drastique des violences. Cependant, les deux tiers de la République centrafricaine restent encore occupés par des milices armées, attirées par la prédation des nombreuses ressources naturelles (uranium, or, diamants, pétrole).


Ces élections sont donc perçues comme un test majeur au processus de paix instauré.


Des élections sous hautes tensions

Rebelles armés.

Alors que le 18 décembre 2020, les groupes rebelles tentaient une offensive qualifiée de « coup d’Etat » par le gouvernement et menaçaient de « marcher » sur la capitale, Bangui, pour bloquer le scrutin présidentiel, des renforts russes et rwandais se sont joints aux 11 500 Casques Bleus de la MINUSCA (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en Centrafrique) afin de sécuriser les élections.


S’il n’y a pas eu d’explosion de violence majeure dans la capitale, les groupes armés ont largement perturbé le scrutin dans les provinces. Le groupe armé des « 3R » (Retour, Réclamation et Réhabilitation) a par exemple attaqué la ville de Carnot, brûlant les urnes et les bulletins de vote.


Ainsi, le vote s’est globalement bien passé à Bangui mais une partie importante de la population de province n’a pas pu voter face à la menace de groupes rebelles armés. En effet, selon l’ANE (Autorité Nationale des Elections), 800 bureaux de vote sur 5000 n’ont pas pu ouvrir.


Limites et contestations


Avec les accusations de fraude par les rebelles et avec la part importante de la population qui n’a pas pu voter, la légitimité du futur président élu est déjà grandement remise en cause. Il faut aussi préciser que si le grand favori, F.-A. Touadéra, a contribué à la reconstruction de l’armée et au rétablissement de l’autorité de l’Etat dans certaines préfectures, son mandat a également été marqué par plusieurs scandales de corruption.


Des élections législatives toutes aussi tendues


Vendredi 27 décembre, 78 candidatures ont été refusées et invalidées par la Cour Constitutionnelle pour des raisons de moralité. Douze membres de groupes armés, candidats aux législatives et dont les candidatures ont été rejetées, ont dénoncé les « intentions et politiques d’exclusion du gouvernement », tandis que la présidente de la Cour Constitutionnelle, Danielle Darlan, affirme que ces candidatures portent « gravement atteinte à la sincérité du vote » .


Les résultats des élections seront diffusés à partir du 4 janvier et si nécessaire, un second tour sera organisé le 14 février.


Crédit photo 1 : MONUSCO Photos, Wikimedia Commons / No change made, Creative CommonsAttribution-Share Alike 2.0 Generic license.

Crédit photo 2 : Clementalline, Wikimedia Commons / No change made, Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International

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