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  • Alice Desvilles

Taïwan et Chine : un conflit sans fin ?

Mis à jour : mars 4

Par Hugo Lagier


Il est de renommée mondiale que les relations entre la Chine et Taïwan sont tendues depuis plus d’un siècle. Bien loin de se réchauffer, ces dernières ont même tendance à se détériorer au cours des dernières années. En permettant à huit bombardiers et quatre avions de chasse de pénétrer dans la zone d’identification de défense aérienne de l’île ce samedi 23 janvier, le gouvernement chinois a fait ressurgir les tensions entre les deux gouvernements. Entre conflits larvés et jeux d’influences, comment expliquer que cette opposition historique entre la Chine et Taïwan ne puisse être résolue ?

Manifestations à Taïwan.

Une emprise chinoise historique


Tout comme nombre de conflits autour du monde, l’opposition entre les deux Etats ne date pas d’aujourd’hui, et trouve ses origines dans plusieurs centaines d’années d’histoire. Colonisée par une Chine impériale en pleine expansion en 1683, cette île demeure plus de deux siècles sous l’emprise de l’empire.


L’immigration d’une partie de la population chinoise, encouragée par certaines puissances européennes comme la Hollande, mène à l’implantation d’une culture sino-européenne sur ces terres peuplées d’aborigènes. L’île est alors principalement exploitée pour ses terres fertiles, même si elle représente déjà une base arrière pour les opposants à la nouvelle dynastie des Mandchous, comme Zheng Jing qui voit en cette île l’endroit parfait pour se retirer afin de préparer sa reconquête de la Chine continentale et le retour au pouvoir de la dynastie Ming. Ses plans échouent et la Chine continentale assoit alors sa domination en 1683.


De la Chine au Japon, une île toujours sous tutelle


En 1895, le traité de Shimonoseki marque la scission de l’île à l’Empire du Japon. La population de Taïwan, qui a nourri au cours de ces deux siècles d’asservissement une véritable volonté indépendantiste, proclame alors sa dépendance, mais la République de Taïwan cède au bout de seulement quelques mois et est assimilée à l’empire colonial japonais pendant 50 ans. En effet, il faut attendre la défaite nippone de la Seconde Guerre mondiale pour que l’île soit rétrocédée à la Chine. Elle reste néanmoins sous tutelle des Etats-Unis d’après le traité de San Francisco.


L’après-guerre, naissance et évolution du ressentiment


Bien que le sentiment de rejet et la volonté indépendantiste soient déjà bien présents au sein de la population taïwanaise, le véritable tournant du conflit a lieu à la fin des années 1940. Le retour de la population chinoise sur les terres insulaires annonce le début de lourdes tensions qui mènent à l’incident 228 en 1947.

Proposition de passeport.

Ces violentes émeutes mènent à une violente répression entraînant la mort de 30 000 Taïwanais et annonçant le début de la « Terreur blanche », une période de répression au cours de laquelle la loi martiale est appliquée sur l’île. Avec la victoire de Mao Zedong et du Parti Communiste Chinois en 1949, le conflit prend une tout autre ampleur : Tchang Kaï-Chek, l’opposant politique se retire sur l’île accompagné de deux millions de continentaux qui cherchent à fuir le régime communiste.


Le Kouo-Min-Tang imposera alors sa dictature sur l’île et proclamera son indépendance sous le nom de République de Chine. L’île est considérée comme Etat souverain par l’ONU et occupe le siège de la Chine jusqu’en 1971, date à laquelle, à la suite du refus de la République Populaire de Chine de reconnaître l’indépendance de Taïwan, la résolution 2758 est votée et rend son siège à cette Chine continentale.


Le rôle des Etats-Unis dans le conflit


Depuis 1949, les Etats-Unis soutiennent ouvertement l’indépendance de Taïwan. A l’origine dans la ligne directrice de la logique de Containment, ce soutien se perpétue et reprend de sa ferveur avec la montée en puissance de la Chine. Au-delà de la dimension idéologique, il faut bien comprendre l’aspect stratégique de cette île. Depuis une dizaine d'années, la Chine entend renforcer son influence en mer de Chine, notamment en augmentant sa Zone Économique Exclusive, mais aussi en renforçant son emprise sur des places fortes économiques comme Hong Kong et Taïwan. Ainsi, cette île devient un des pivots du nouveau containment que les Etats-Unis entendent promouvoir dans la région. Cette stratégie de la politique extérieure américaine date du second mandat de Barack Obama mais a aussi été renforcée avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir.


Un choix de date réfléchi


En observant le rôle central de la puissance américaine, une tout autre lecture de l’incident s’offre à nous. Il est évident que le choix de la date de cette escapade aérienne chinoise n’est pas dû au hasard : Xi Jinping entend, avec cette légère provocation, jauger la position du tout nouveau président américain Joe Biden sur l’indépendance de Taïwan. En effet, bien qu’il se place en totale rupture avec son prédécesseur, Joe Biden n’a pas encore ouvertement exprimé son avis sur l’expansion chinoise dans la région.


Crédit photo : 美國之音 黎堡, Wikimedia Commons / No change made / CC BY-SA 4.0

Crédit photo : Kuaile Long, Wikimedia Commons / no change made / CC BY-SA 4.0

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