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  • Alice Desvilles

Visite historique du pape François en Irak

Lors de sa première visite en Irak, le pape François a lancé un appel à la tolérance et à la paix. Il s’agit d’un évènement historique et à forte portée politique vis-à-vis des communautés chrétiennes en Irak. Elles ont énormément souffert des récents conflits qui ont déchiré le pays.

Le Pape François donnant un discours lors de sa visite en Irak

Déroulement de la visite du pape François


La visite du Pape a duré du 5 au 8 mars. Le vendredi 5 mars, le Pape a donné un discours à Bagdad devant les autorités du pays dont le président Barham Saleh. Il a plaidé en faveur de la fin de l’intolérance, de la violence et des extrémistes en Irak. Il a insisté sur l’importance de favoriser la participation à la vie publique des Irakiens chrétiens en tant que « citoyens jouissant pleinement de droits, de libertés et de responsabilités ». Il a enfin rendu hommage à la minorité yézidie qui a été victime d’un génocide par l’organisation Etat islamique (EI) dès 2014, avec l’instauration du califat sur les territoires irakiens sous son contrôle.


Le samedi 6 mars, a eu lieu une rencontre historique entre l’ayatollah Ali Al-Sistani et le souverain pontife. Un ayatollah est un dignitaire musulman chiite de haut rang, Ali Al-Sistani est une personnalité politique influente en Irak. Dans un communiqué, le Vatican a rapporté que le Pape a insisté sur « l’importance de la collaboration et de l’amitié entre les communautés religieuses » durant leur entretien. Il a également remercié l’Ayatollah d’avoir « pris la défense des plus faibles et des persécutés ces dernières années ».


Plus tard dans la journée, le pape et plusieurs représentants des principales communautés chrétiennes et musulmanes du pays se sont réunis dans la cité d’Our, pour dire ensemble « une prière des enfants d’Abraham ». Lors de cette visite dans le lieu de naissance du patriarche des trois religions monothéistes, il a également prononcé un discours sur « l’importance de la fraternité et du respect mutuel entre les membres de différentes confessions ».


Le sort des communautés chrétiennes et yézidies en Irak


Aujourd’hui, les chrétiens ne représentent plus que 1% de la population irakienne, soit 400 000 personnes. Vingt ans auparavant, ils étaient 1,5 millions.

En 2003, l’invasion américaine en Irak provoque instabilités et conflits religieux. La première guerre civile irakienne entre sunnites et chiites provoque une véritable marginalisation des communautés chrétiennes. Ces derniers doivent alors se réfugier à l’étranger ou dans des régions à forte concentration chrétienne. De nombreux prêtres sont enlevés et des attentats contre des églises se multiplient, tel que l’attentat de la Cathédrale Notre-Dame-de-l'Intercession de Bagdad le 31 octobre 2010, qui a fait soixante morts.

Le Pape François arrivant en Irak.

Lorsque l’Etat Islamique (EI) s’empare de Mossoul en juin 2014, ces communautés chrétiennes sont de plus en plus persécutées. Elles sont forcées de se convertir à l’Islam ou sont poussées à l’exil. Au total, 120 000 chrétiens de Mossoul et de la province de Ninive ont été contraints à l’exil.


Enfin, l’EI a mené une opération de massacres et d’enlèvements de milliers de yézidis. En août 2007, quatre attentats-suicides simultanés coordonnés par Al-Qaïda et ciblant les yézidis en Mésopotamie avaient causé la mort d'environ 400 personnes, représentant l'attentat le plus meurtrier depuis le 11 septembre 2001.


Situation économique et politique en Irak


Le souverain pontife a souhaité que les « citoyens chrétiens vivent comme tous les Irakiens, en sécurité et en paix et dans la plénitude de leurs droits constitutionnels ». Le Premier ministre Mustafa al Kadhimi, membre de la communauté chiite, a annoncé samedi que le 6 mars serait désormais en Irak la « journée nationale de la tolérance et de la coexistence ».


Le 1er mars, un projet de loi avait été voté au Parlement pour la compensation des persécutions subies par les minorités religieuses et ethniques qui ont été victimes de l’EI. Cette loi ciblera en particulier les femmes survivantes yézidies qui ont été soumises à de l’esclavage sexuel.


L’Irak souffre aujourd’hui d’une corruption endémique et de difficultés économiques. Un mouvement de protestations de la jeunesse a éclaté dans plusieurs villes irakiennes en 2019 réclamant la chute du régime. Souffrant de l’insécurité et d’un fort taux de chômage, les jeunes Irakiens représentent 60% de la population. Plus de 600 manifestants ont été tués lors de ces manifestations. Face à la pression exercée par ces manifestations, les députés avaient voté la fin des privilèges accordés aux membres de l’exécutif et le Premier ministre de l’époque avait démissionné. Cependant, ces concessions n’ont pas suffi à calmer le mécontentement d’une grande partie de la population irakienne.


Crédit photo 1 : قناة التغيير / Wikimedia Commons, no change made / Licence Creative Commons Attribution 3.0 Unported license.

Crédit photo 2 : قناة التغيير/ Wikimedia Commons, no change made / Licence Creative Commons Attribution 3.0 Unported license.

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