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  • Jery Lebitasy

AUKUS : Une nouvelle alliance au détriment de la France

Le 15 septembre 2021, un pacte de sécurité entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie a été officiellement annoncé. Ce dernier s’ajoute au fameux « Quad », le pacte de sécurité quadrilatéral entre les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde. Si ces deux accords semblent avoir un objectif commun, s’allier contre la Chine, le plus récent est une alliance d’une nouvelle ampleur.



Un pacte d’une grande importance


Ce pacte de sécurité se sépare principalement de ses prédécesseurs par l’inclusion de sous-marins nucléaires, qui seront construits en suivant la technologie américaine. La dernière et unique fois que les États-Unis ont partagé leur technologie fût en 1958 avec le Royaume-Uni, le troisième acteur de cet arrangement. En plus d’un tel partage, les États-Unis fourniront l’uranium enrichi nécessaire afin d’alimenter ces sous-marins.


Cet approvisionnement peut cependant poser un nouveau précédent. Des pays recherchant à se procurer de l’uranium enrichi, pour d’autres usages, pourraient alors se tourner vers ce type d’entente afin d’atteindre cet objectif. S’il est vrai que les États-Unis choisiront probablement leurs alliés avant de former ce type de pacte, d’autre nations telles que la Chine ou l’Inde seront possiblement moins exigeantes concernant l’utilisation de cet uranium.


La France « trahie » par cet accord


Ce pacte fait aussi polémique car il interrompt un contrat, surnommé le « contrat du siècle », entre la France et l’Australie, à travers lequel la France devait fournir à l’Australie 12 sous-marins à propulsion diesel pour la somme de 56 milliards d’euros. La France a découvert cette nouvelle alliance uniquement suite à l’annonce officielle de cette dernière. Le ministre des affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, a déclaré peu après l’annonce de la nouvelle que cela ressemblait à « un coup de poignard dans le dos ». Après cette déclaration, le gouvernement français a aussi rappelé ses ambassadeurs présents en Australie et aux États-Unis.


Suite à cette controverse, les alliés historiques semblent faire plusieurs efforts afin d’éviter de créer un clivage durable. Un appel entre les chefs d’États des deux nations a permis de détendre une situation envenimée par une certaine rivalité entre la France et la Grande-Bretagne. Après un retour des ambassadeurs à leur postes respectifs, une rencontre entre Macron et Bliken, secrétaire d’État américain, a eu lieu le 5 octobre, afin de discuter d’une possible entente dans la région indopacifique.


Une extension de la politique indopacifique française


Si la situation semble s’être calmée, le gouvernement français s’est rapidement tourné vers un nouveau potentiel partenaire, l’Inde. 5 jours après l’annonce du pacte AUKUS, Macron et le premier ministre indien, Modi, ont eu un appel afin de discuter d’un possible futur contrat entre les deux pays. En 2016, la France avait déjà conclu un contrat avec l’Inde, portant sur 36 avions de chasse Rafale, d’une valeur de 7,8 milliards d’euros. La région indopacifique est depuis quelques années une priorité au sein de la politique extérieure française. D’ailleurs, avec la future présidence de la France au sein de l’UE, l’Europe pourrait aussi s’aligner avec Macron concernant la formation de liens plus proches avec Modi. L’Inde, de son côté, voit une entrée dans le marché européen, actuellement le plus important du monde, et une possible entrée dans le marché africain, souvent considéré comme un futur géant économique.


C’est d’ailleurs cette nouvelle entente qui semblerait avoir forcé la main de Biden afin de rassurer son « plus grand allié historique » et de s’assurer que ce dernier reste


La Chine, « ennemi » commun et isolé


Peu après la déclaration, le porte-parole du ministère des affaires étrangères a, quant à lui, décrit ce pacte comme un acte reprenant une « mentalité de Guerre Froide » et ne « blessant que leur propres intérêts » (des pays acteurs du pacte). Avec AUKUS et le Quad, il semble donc que l’influence chinoise au sein de la région pacifique s’affaiblit de plus en plus. Les plus grands acteurs de la région, l’Australie, le Japon et l’Inde, sont tous les trois alliés par l’un de ces deux pactes aux États-Unis. Si la Chine reste probablement l’acteur majeur de la région et le plus économiquement influant, elle semble isolée, vue par ses voisins comme un ennemi commun.


Crédit photo : Indonesian National Armed Forces Public Relations and Media Service, Wikimedia Commons, Public domain


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