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Condamnation de la militante féministe saoudienne Loujain Al-Hathoul

Par Rita Sidki


Lundi 28 décembre, Loujain Al-Hathoul, figure centrale de la cause féministe en Arabie Saoudite, a été condamnée à cinq ans et huit mois de prison par le tribunal antiterroriste national. Elle a été condamnée principalement pour « intelligence avec des parties étrangères ».

Crédit photo : Wikimedia commons / no change made

Répression des militants des droits humains


A la suite de sa participation active au mouvement en faveur du droit des femmes saoudiennes à conduire en 2018, Loujain Al-Hathoul a été arrêtée et placée en détention provisoire. Cela fait aujourd’hui presque trois ans qu’elle est détenue et a également été mise à l’isolement total pendant une période de sept mois. Cette détention sera prise en compte dans la peine de prison. Enfin, la militante n’aura pas le droit de quitter le pays pendant les cinq prochaines années.


Riyad avait justifié l’arrestation de la militante en raison de la menace qu’elle représenterait pour la stabilité du régime. Il lui est reproché d’avoir tenté de saper l’autorité royale et d’encourager la dissidence. Cette arrestation symbolise un « avertissement » envers la population : les réformes sociétales ne peuvent être impulsées que par le pouvoir royal.


La militante a dénoncé ses conditions d’incarcération. Elle déclare avoir été victime de tortures, de chantage et d’agressions sexuelles. Elle a également effectué une grève de la faim de deux semaines en prison pendant le mois d’octobre.


Programme d’ouverture et de modernisation sociale


En septembre 2017, le roi Salman d’Arabie avait signé un décret autorisant les femmes à conduire. La réforme est entrée en vigueur en juin 2018. Le pays était le seul au monde à interdire la conduite aux femmes.


Cette mesure est mise à l’actif du prince héritier Mohamed Ben Salmane dans le cadre de son plan de réforme ambitieux du Royaume « Vision 2020 ». L’objectif de cette stratégie vise à assouplir l’emprise de la religion sur la société saoudienne.

Mais l’image de réformateur que souhaite afficher MBS a été mise à mal par les atteintes récentes du régime aux droits de l’Homme.

Crédit photo : Wikimedia commons / no change made

En 2018, l’assassinat du journaliste et opposant Jamal Khashoggi a provoqué un scandale international. Ce dernier, qui travaillait au Washington Post où il dénonçait le caractère autoritaire du régime saoudien, a été tué dans le consulat saoudien à Istanbul. Les cinq agents de service de sécurité considérés comme ceux ayant mené l’opération d’exécution à Istanbul avaient été condamnés à mort en décembre 2019. La justice saoudienne a finalement révoqué cette sentence en septembre 2018 et les coupables désignés seront condamnés à des peines d’emprisonnement.


De plus, l’ONG Amnesty International relève 184 exécutions de prisonniers en 2019. La majorité l’ont été pour des infractions à la législation sur les stupéfiants ou pour meurtre. Cependant, l’ONG a également constaté une « augmentation du recours à la peine de mort comme arme politique contre les dissidents de la minorité musulmane chiite en Arabie saoudite ».


Réaction de la communauté internationale


Suite à l’annonce du jugement du tribunal antiterroriste lundi dernier, la France a demandé la « libération rapide » de Mme. Al Hathoul. Le porte-parole du ministère français des Affaires Étrangères a précisé que : « La France rappelle sa mobilisation constante en faveur des droits de l’Homme et de l’égalité entre les hommes et les femmes ».


Le gouvernement Allemand s’est également prononcé sur les faits. La commissaire fédérale aux droits de l’homme et à l’aide humanitaire, Bärbel Kofler, a déclaré que « les rapports de torture de Mme Al-Hathloul ainsi que sa mauvaise santé sont très inquiétants, et il est incompréhensible que le tribunal n’ait pas enquêté sur ces allégations », et espère une libération immédiate de la détenue.


Le bureau des droits de l’homme des Nations Unies a quant à lui jugé la condamnation de Loujain Al-Hathoul « profondément troublante » et encourage une « libération prochaine de toute urgence ».


L’assassinat de Jamal Khashoggi, la condamnation de Loujain Al-Hathoul ainsi que le traitement des militants des droits de l’homme en Arabie Saoudite ont fortement terni l’image du pays vis-à-vis de la communauté internationale. Depuis 2018, le prince héritier ne s’est plus rendu en Europe et aux Etats-Unis.

 

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