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  • Ibrahim Moukrim

Les migrations internationales, où en est-on ?

Depuis les années 1980, les migrations sont perçues comme un facteur d’instabilité. Beaucoup de pays du Nord craignent en effet que l’augmentation du nombre de migrants ne conduise à la remise en cause de l’identité nationale, de la bonne marche de l’économie. Cette peur est-elle fondée ?


Quelques définitions


Mobilités : il s’agit des déplacements humains (donc pas les flux de services ou de biens), sous toutes ses formes (migrations, tourisme…)

Migrations : Sous-catégorie des mobilités, il s’agit d’un déplacement, d’un changement de lieu, qui implique l’idée de durée (>1 an). Le tourisme ne fait donc pas partie de la définition.

Réfugié : Statut qui renvoie à la Convention de Genève de 1951, qui vise à protéger toute personne qui fuit son pays du fait de tensions ethniques, religieuses ou politiques. Les pays signataires de la Convention de 1951 ont l’obligation d’accueillir tout demandeur d’asile.

Migrant environnemental : Migrant qui quitte son pays du fait de la dégradation environnementale du pays dont il est originaire. Il ne dispose pas de statut particulier – les pays d’accueil n’ont aucune obligation légale à son égard.

Des causes multiples


Causes économiques : les inégalités de développement entre pays sont l’une des premières sources de migrations. Au Sud, le chômage et le manque de perspectives peuvent pousser à la migration vers des pays du Nord qui ont besoin de main d’œuvre, et qui peuvent avoir recours à des politiques migratoires favorables.


Causes politiques : les crises politiques sont un facteur évident de départ. On pense ici à l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Corne de l’Afrique, mais aussi à la Birmanie (Rohingyas). Le nombre de réfugiés potentiels est en forte croissance depuis une vingtaine d’années : le HCR (Haut-Commissariat aux Réfugiés) compte > 60m de réfugiés en 2016.


Causes démographiques : l’explosion démographique africaine, la fin de la transition démographique en Asie, mais également le vieillissement en Europe seront des facteurs de mobilité importants


Causes environnementales : 1.5 milliard de personnes sont touchées par la désertification, notamment en Afrique. Selon les experts, on pourrait compter 200 millions de migrants climatiques supplémentaires d’ici à 2050.


Facteurs culturels : la constitution de diasporas peut accélérer les départs.


Une peur infondée


La nouvelle grande vague migratoire mondiale qui s’est amorcée au milieu des années 1960 avec le changement de la politique migratoire américaine a marqué un changement dans la place des migrations. Non pas tellement que les migrations soient plus importantes en nombre que lors de la première grande vague migratoire du XIXe siècle : même s’il a triplé depuis 1975, le nombre de migrants ne représente qu’un peu plus de 3% de la population mondiale. L’évolution majeure tient plutôt à la globalisation de ces migrations et à leur « sécurisation ». La migration est ainsi considérée comme un problème par les Etats car elle serait source de tensions internationales.


Elle est surtout vécue comme une menace par les sociétés des pays d’accueil. Signe d’une mondialisation incontrôlable, elle serait un danger pour la stabilité mondiale. Cette représentation explique la multiplication des législations restrictives mises en place pour limiter le phénomène. Cependant, elles aboutissent bien souvent au contraire de l’objectif recherché et font oublier les aspects positifs des migrations.

Elles représentent un atout pour le développement des pays en voie de développement. Elles permettent les transferts d’argent, les transferts de technologie et elle permet de répondre à la pression démographique. Les migrations sont aussi un atout pour les pays développés. Elles permettent de lutter contre la stagnation démographique et c’est également un atout économique : des populations qualifiées, de la main d’œuvre non qualifiée dont les pays du Nord continue à avoir besoin. La diversité des provenances est aussi un élément de dynamisme, de vitalité qui permet d’intégrer des éléments venant des différentes régions de la planète.


Enfin, les migrations sont un instrument d’influence efficace aujourd’hui. On assiste par exemple à la multiplication de politiques fondées sur l’utilisation des diasporas comme instrument d’influence : politique de la Chine, de l’Inde. Signe du dynamisme des pays riches : l’attraction migratoire est un élément important du soft power.


Crédits photos : Wikimedia Commons, no change made, Creative commons License


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