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  • Alice Desvilles

Moldavie : une concurrence rude pour la présidence

Mis à jour : mars 31

Par Anastasia Postovan


Dimanche 1er novembre, les Moldaves se sont rendus dans les bureaux de vote pour élire leur président. L’ancienne première ministre Maia Sandu a créé la surprise en finissant en tête du premier tour avec 35,77% des votes, et en devançant de peu le président prorusse actuel Igor Dodon, crédité de 32,87% des voix. Ces résultats laissent présager un second tour serré le 15 novembre.


Igor Dodon.

Des élections qui peuvent transformer le pays


Ancienne république soviétique de 3,5 millions d’habitants nichée entre la Roumanie et l’Ukraine, la Moldavie accède à l’indépendance en 1991. Ces dernières années, le pays a connu des crises politiques à répétition. Les Moldaves espèrent donc que ces élections marqueront un changement positif pour le pays. Ces vingt dernières années, un million de personnes ont quitté le pays, soit près d’un tiers de la population. Ils envoient régulièrement de l’argent à leur famille, ce qui représente plus de 15% du PIB de la Moldavie. Ces émigrés, que la pauvreté a poussé à chercher un emploi à l’étranger, ont voté massivement pour la candidate de centre droit. C’est grâce à cette forte mobilisation de la diaspora moldave (près de 148 000 personnes à travers le monde) que les élections sont aussi serrées, même s’ils ont parfois dû attendre trois à sept heures dans les ambassades pour pouvoir voter.


Cette élection améliorera peut-être l’avenir du pays qui, depuis des années, est contrôlé par des forces oligarchiques corrompues. Cela entraîne de graves problèmes, comme la pauvreté, le sous-développement de l’économie, une vie politique plutôt précaire, et d’importants flux migratoires comme mentionné plus haut. Maia Sandu, ancienne économiste auprès de la Banque Mondiale vaincue par Igor Dodon lors du précédent scrutin en 2016, s’est engagée à œuvrer pour une intégration de la Moldavie dans l’Union Européenne.


Pas d’outsiders dans la course à la présidence


Maia Sandu a 48 ans et est diplômée de la Harvard Kennedy School of Government. Elle a été, de 2012 à 2015, ministre de l’Education publique dans différents gouvernements. Elle appuyait avec beaucoup de convictions les coalitions pro-européennes et pro-roumaines qui souhaitaient s’alléger de la tutelle russe. En 2016, elle créa le Parti action et solidarité, qu’elle dirige d’ailleurs encore aujourd’hui, et en devint présidente. Elle a été ensuite candidate à l’élection présidentielle la même année, face à Igor Dodon.


Maia Sandu se représente donc à cette élection pour la seconde fois. Elle propose un « nettoyage » en profondeur des institutions pour que celles-ci soient davantage indépendantes. De plus, elle souhaite que des personnes compétentes occupent des postes de direction, en remplacement des oligarques. Elle veut faire adopter différentes lois au Parlement qui permettront de briser le cercle vicieux de la corruption. Enfin, elle souhaite réformer l’économie et favoriser le marché du travail en utilisant ses compétences d’économiste.


Maia Sandu.

Igor Dodon, 45 ans, était ministre de l’économie sous l’ancien gouvernement communiste. Il avait promis lors de sa campagne « la poursuite d’une coopération bénéfique avec la Russie » et l’apprentissage obligatoire du russe à l’école dans ce pays majoritairement roumanophone, dont le Roumain est d’ailleurs la langue officielle.


Après avoir étudié l’économie à l’université agricole d’Etat de Moldavie, il obtint un doctorat de l’Académie moldave des sciences économiques en 1998, et travailla à la bourse de Moldavie et enseigna pendant un temps l’économie à l’université internationale libre de Moldavie. Il intégra le Parti des communistes de la république de Moldavie, puis fut ministre de l’Economie de 2006 à 2009. Il devint finalement président du Parti des socialistes de la république de Moldavie (PSRM), et fut élu le 13 novembre 2016 président de la Moldavie avec 52,29% des voix.


Le programme politique d’Igor Dodon comprend des mesures pro-russes telles que : la dénonciation immédiate de l’accord d’association entre la Moldavie et l’Union européenne ; l’adhésion de la Moldavie à l’union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan ; le maintien de la 14ème armée russe en Transnistrie et la fédéralisation accrue de la République, ce qui revient à reconnaître juridiquement la perte totale de souveraineté de l’Etat moldave dans certaines régions.


Pendant son mandat, Igor Dodon a été quatre fois suspendu temporairement de ses fonctions par la Cour constitutionnelle pour avoir refusé de signer le décret de nomination de plusieurs ministres, et pour ne pas avoir dissout le Parlement comme elle lui avait demandé dans un précédent arrêt.


Des résultats incertains


Nous verrons le 15 novembre comment se passera la course à la présidence. Selon des analystes politiques, le résultat du second tour dépendra des consignes de vote que donneront les candidats arrivés en troisième et quatrième position. Il s’agit de Renato Usatîi, chef de Notre Parti, une formation populiste antisystème, et Violeta Ivanov, du Parti Shor, dont le fondateur Ilan Shor est en fuite depuis un an et a été condamné en première instance en 2017 à sept ans et demi de prison pour son rôle dans une énorme fraude bancaire.


Crédit photo 1 : The Russian Presidential Press and Information Office, Wikimedia commons / no change made, Creative CommonsAttribution 3.0 Unported license, Kremlin.ru

Crédit photo 2 : https://www.kmu.gov.ua/, Wikimedia commons / no change made, licence Creative CommonsAttribution 4.0 International, Кабінет Міністрів України

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