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  • Sara Détré

Et si la réindustrialisation arrivait vraiment ?

Après les délocalisations massives des années 80-90 et après la crise de 2008, parler de réindustrialisation ne paraissait plus appartenir qu’aux rêves de l’ancienne génération et aux débats de militants altermondialistes.

Pourtant en 2021, une véritable tendance se dessine à échelle européenne et les dirigeants de grandes entreprises, en passant par Bouygues et Total, se joignent aux Think Thanks pour appeler à une véritable réindustrialisation de l’Europe.



Une récente prise de conscience


La crise sanitaire semble avoir tout particulièrement rappelé les intérêts d’une autonomie industrielle, si ce n’est nationale, au moins continentale.

L’Occident fait, en effet, face à une pénurie de puces électroniques semi-conducteurs qui bloque la production d’une immense partie de l’industrie technique, à commencer par l’automobile. Renault, par exemple, a été contraint de mettre certaines usines à l’arrêt et partout, il devient de plus en plus difficile de se procurer des voitures neuves.


En cause ? Le monde entier s’approvisionne en puces électroniques auprès de la Chine et Taïwan, or la crise sanitaire et plus encore les tensions géopolitiques avec la Chine, ont débouché sur une quasi impossibilité de se faire livrer ces précieuses puces. Aux États-Unis, les mesures d’embargo décidées contre la Chine ont encore empiré cette situation.

L’ultra spécialisation et la division géographique du travail à échelle mondiale semble atteindre ses limites. Autant dans les milieux d’affaires que politiques, le débat sur la souveraineté européenne est relancé.


D’autant plus que le développement économique à toute vitesse de la Chine fait que, dans les industries spécialisées, les ouvriers sont payés à peu près les mêmes salaires que ne le seraient des français ou des allemands. Alors que le coût du fret maritime a récemment été multiplié par cinq et ne cesse d’augmenter, une relocalisation de ces usines spécialisées plus près de leurs points de ventes semble une stratégie nécessaire au profit de certaines entreprises.


Les initiatives dans divers pays


16 pays européens parmi lesquels la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Pologne, ont créé en 2018 une alliance industrielle destinée à développer la production des puces électroniques les plus nécessaires sur le vieux continent, et ce dès 2022.


On parle ainsi d’une fusion entre Infineon, NXP et STMicroelectronics, les trois plus grosses sociétés européennes du secteur.

Une alliance européenne pour les batteries a par ailleurs projeté de construire 15 méga-usines d’ici 2025 en Europe. On retrouve des initiatives similaires dans le secteur pharmaceutique, ou à une moindre échelle, dans le textile.

En France même, au premier semestre 2021, 192 projets de nouvelles usines ont vu le jour, soit 80% de plus que l’année précédente. Ces chiffres sont susceptibles d’augmenter encore avec le plan France Relance qui destine 35 milliards d’euros à soutenir l’industrie sur cinq axes : Recherches et développement, formation, décarnisation, relocalisation et modernisation.



Une industrie qui n’a jamais vraiment quitté l’Europe


Le discours du commissaire Thierry Breton de la Fondation Robert Schuman, rappelait dès 2020 que l’Europe est encore la première puissance industrielle mondiale, notamment grâce à son marché intérieur et sa culture de l’excellence technologique.


La France ayant été le pays européen à le plus souffrir de la désindustrialisation, nous sommes biaisés dans notre estimation du problème. En Allemagne, où l’accent a toujours été mis sur la recherche et le développement, et où les impôts de production restent bas, le secteur secondaire représente encore près du quart du PIB.


Une division européenne du travail plutôt qu’une parfaite réindustrialisation


Évidemment, il est en réalité peu probable que la réindustrialisation européenne se fasse surtout au profit de l’Europe de l’Ouest. Ce sont plutôt les Pays d’Europe centrale et orientale (surnommés les PECO) qui devraient se peupler d’usines. Ainsi l’institut polonais de l’économie estime que cette région pourrait récolter un profit de 22 milliards de dollars par an grâce à la fuite de Chine des usines et leur rapatriement en Europe. Ceci s’explique bien sûr par un avantage compétitif salarial indéniable. En Bulgarie, le salaire se situe à 5,3 euros de l’heure (contre 44,7 euros de l’heure au Danemark par exemple).


En conclusion : une néo-industrialisation plutôt qu’une réindustrialisation


En Europe de l’Ouest la nouvelle industrie sera donc beaucoup plus technologique, et surtout centrée sur de la main d’œuvre qualifiée. Il ne doit plus s’agir de coûts comparés mais de valeurs ajoutées, essentiellement soutenues par la Recherche et le Développement.


Crédit photo 1 : Wikimedia Commons, no change made, Paul Harrop

Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0

Crédit photo 2 : Wikimedia Commons, no change made, Norbert Nagel, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0

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