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  • Ibrahim Moukrim

La France peut-elle encore réformer l’Union Européenne ?

Depuis le samedi 1 janvier 2022, la France préside le Conseil de l'Union européenne, un rôle qu'elle va endosser pendant 6 mois. Mais que signifie ce nouveau rôle ?



En quoi consiste précisément la mission de la France ?


On entend beaucoup parler de présidence de l'Union européenne alors que ce n’est pas vraiment le cas. Afin de comprendre ce point, il convient de faire un bref rappel du fonctionnement de l’UE. Il existe quatre institutions importantes à l'échelle de l'Union européenne : le Conseil européen qui réunit les chefs d'État et les chefs de gouvernement ; la Commission européenne ; le Parlement européen et le Conseil qui est composé des ministres de chaque État. La France ne va présider que cette dernière institution. Le rôle de la France est de convoquer les réunions, de les animer, de favoriser la prise de décision au sein du Conseil, de proposer un agenda, d'identifier un certain nombre de propositions que cette présidence trouve prioritaire.


Voici quelques mesures que la France souhaite instaurer lors de sa présidence. En géopolitique on a par exemple : le rapprochement avec l'Afrique à l'occasion du sommet de l’Union Africaine qui va se tenir dans quelques mois ; le rapprochement avec les Balkans pour les ancrer plus dans le projet européen des projets. Sur le plan économique : la mise en place d’un salaire minimum européen ou encore réformer les règles budgétaires. Enfin, il faudra accélérer l’avancement de la fameuse « boussole stratégique » et les réformes de Schengen.


La France, un pays historiquement actif dans le projet de la construction européenne


Tout d’abord, la France joue un rôle important dans toutes les grandes étapes de la construction européenne. Elle met en place avec l’Allemagne en 1951 la communauté européenne du charbon et de l’acier (la CECA). Les six pays qui font partie de la CECA vont ensuite approfondir leur intégration via la signature du Traité de Rome en 1957 qui instaure la Communauté économique européenne (CEE). Dans les années 1960, la France du Général de Gaulle réussit à confier à l’Europe la gestion de la politique agricole commune (la PAC) qui représente aujourd’hui le deuxième budget de l’UE.


En 1979, le président Valéry Giscard d’Estaing a eu un rôle clé dans la mise en place du premier suffrage universel pour l’élection des députés européens. Ensuite, le couple franco-allemand (François Mitterrand et Helmut Kohl) est à l’origine du Traité de Maastricht, traité qui constitue une avancée majeure dans l’intégration européenne. Aujourd’hui, l’Union européenne est au centre des programmes politiques d'Emmanuel Macron.


On peut dès lors se demander si de fait, la présidence actuelle du Conseil Européen pourrait signifier l’avènement de grandes réformes en Europe ?



La présidence de Macron, réelle opportunité pour réformer l’UE ?


Il faut tout d’abord souligner l’extrême détermination d'Emmanuel Macron à s’engager dans les affaires européennes. Le président a notamment souligné ce point lors de divers discours (discours de la Sorbonne et discours d’Athènes en septembre 2017, ou encore celui du 9 décembre 2021 à Strasbourg sur le sujet de la présidence française du Conseil). Le président est donc très impliqué dans le projet européen. De plus, la France est bien épaulée par l’Allemagne dans son ambition de réformer l’Europe. En effet, quelques jours après les élections allemandes, le nouveau chancelier allemand Olaf Scholz a rendu visite à Macron pour lui manifester son soutien. Ainsi, le fait que le couple franco-allemand soit encore une réalité favorise un environnement propice aux changements.


Cependant, on peut tout de même penser qu'Emmanuel Macron aura du mal à suffisamment remodeler l’UE. Macron veut par exemple réformer la défense européenne pour une meilleure « souveraineté européenne » et une « autonomie stratégique » notamment vis-à-vis de l’OTAN. Cependant, certains pays de l’Est sont résolument atlantistes, et d’autres sont profondément pacifistes (pays scandinaves) et se satisfont plus ou moins du statu quo avec l’OTAN. Les récents conflits entre l’Ukraine et la Russie rendent également légitime l’existence de l’OTAN. Enfin, il ne faut pas oublier que la France rentre en période d'élections présidentielles. Or, il y a une tradition républicaine qui veut que le président ne prenne plus de grandes initiatives trois semaines avant le premier tour. Cela signifie qu’à partir du 20 mars, Emmanuel Macron va peut-être se censurer dans la deuxième partie de son mandat européen.


Crédits photos : Wikimedia Commons, no change made, Creative Commons License


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