La Russie de Poutine : vers l’émergence ou le déclin ?

Dernière mise à jour : 16 oct.

Le 29 décembre 2021, la justice russe a ordonné la dissolution de l’ONG Memorial, organisme qui recensait les violations des droits humains en Russie. En tant que principale dénonciatrice des accusations portées contre les opposants politiques de Vladimir Poutine, sa dissolution forcée symbolise la politique de Vladimir Poutine qui a pour but d’asseoir son rayonnement national et international. Alors comment la Russie impose-t-elle sa politique de retour sur la scène internationale ?



Un renouveau russe sur la scène internationale


Après un déclin économique et politique pendant les années 1990 dû à la chute de l’URSS, la Russie a relancé son économie dans les années 2000. Concentrée sur la bonne évolution d’une telle croissance, ce n’est qu’en 2008 qu’elle réémerge sur le plan international avec la guerre russo-géorgienne. En effet, grâce à son intervention militaire soutenant l’indépendance des régions de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, elle a pu se réaffirmer hors de ses frontières.


Ce premier acte militaire russe à l’international depuis la chute de l’URSS a permis de remettre en cause l’hégémonie de l’OTAN dans son extension en Asie centrale - où celle-ci a ouvert de nombreuses bases militaires - car les puissances européennes ont ainsi posé leur véto quant au processus d’élargissement de l’OTAN à la Géorgie et l’Ukraine, protégeant la Russie d’une présence de la puissance militaire occidentale à ses frontières.


Plus tard, son engagement en Syrie a signé définitivement son agenda d’expansion à l’international. En effet, en soutenant le régime de Bachar El-Assad, la Russie s’est imposée comme un acteur essentiel de ce conflit à engagement international, et la sortie des Etats-Unis du conflit a confirmé une victoire diplomatique pour Vladimir Poutine. De plus, l’année 2014 fut « triomphale » selon les mots du président russe, puisqu’ont eu lieu les jeux olympiques de Sotchi, véritable revanche des jeux de 1980 marqués par l’appel au boycott ; et l’annexion de la Crimée. Cependant, si la Russie a réussi à se réaffirmer sur la scène internationale, elle a aussi largement contribué à tendre ses relations avec l’Occident.


Une Russie qui attise les tensions


L’un des sujets qui embourbent les relations diplomatiques de la Russie avec l’Occident est sa convoitise de l’Ukraine. En effet, l’invasion de la Crimée en 2014 est restée pratiquement sans réponse de l’Occident, ce qui a permis à la Russie d’amasser ses troupes dans le Donbass et dans d’autres régions frontalières de l’Ukraine. Comme l’a plusieurs fois déclaré Vladimir Poutine, il s’agit d’un « non-pays » pour lui, et il considère qu’il n’est que propriété de la Russie. Ceci menace l’étranger proche du pays, et a donc provoqué nombreuses sanctions occidentales, venant de l’Union Européenne et des États-Unis.


Les lourdes sanctions économiques américaines ont notamment amené la Russie à ralentir leur chantier du gazoduc North Stream 2. Il s’agit d’un gazoduc qui relierait la Russie à l’Europe de l’Ouest en passant par l’Ukraine, afin d’acheminer le gaz acheté par les pays de l’UE. Autre grand projet acclamant la grandeur russe et asseyant sa puissance économique principalement bâtie sur l’exportation de gaz à l’international, Vladimir Poutine veut ainsi obliger l’UE à faire pression sur les États-Unis pour débloquer la situation. Ceci provoque notamment une pénurie à venir pour certains pays de l’Union, qui voient alors les prix du gaz exploser, et qui craignent alors de grosses coupures de courant cet hiver.


Enfin, ces tensions avec l’Occident lui ont permis de lancer un rapprochement avec la Chine de Xi Jinping. En effet, avec l’évolution positive de leurs relations à partir des années 2000, les deux puissances territoriales semblent se rapprocher. Face à une pression de l’Occident sur leur étranger proche, les deux pays semblent vouloir rejeter une vision du monde où seuls les États-Unis tiendraient les rênes. L’arrivée de bases militaires de l’OTAN en Asie centrale, l’accélération de la présence militaire de l’Occident en Indopacifique, les nouvelles alliances telle qu’Aukus – alliance entre l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni – et les revendications japonaises sur certains territoires historiquement disputés telles que les îles Kouriles ont poussé les deux pays à s’allier pour faire front contre ce qu’ils ressentent comme une volonté d’isolation de l’Occident.


Alors qu’en est-il de la Russie intérieure ?


L’évolution internationale de la Russie est aussi marquée par son état intérieur. Deux interprétations s’affrontent alors : l’une voit une Russie prospère qui se détache de l’influence occidentale, et l’autre voit une Russie en déclin qui n’arrive pas à se défaire des maux qui la tirent vers le bas.


En effet, la Russie connaît une grave crise démographique avec une population très vieillissante, une croissance économique en berne, une dépendance forte au cours des matières premières et des disparités sociales et territoriales qui menacent la paix intérieure du pays. D’autant plus que le pouvoir de Vladimir Poutine est de plus en plus remis en cause et dénoncé par la population, à l’heure où se tiennent de nombreuses répressions contre ses opposants politiques, tel qu’Alexeï Navalny.


À l’inverse, certains voient en la Russie une modernisation de son armée à l’heure où l’importance des forces militaires est décuplée à l’international, ainsi qu’un regain de dynamisme sur certains secteurs conventionnels tels que les armements et le nucléaire. De plus, la Russie se réaffirme en tant que puissance agricole et reste un des pays les moins endettés au monde. Enfin, le pays de Poutine instaure une stratégie de substitution des importations et d’autonomie dans tous les domaines stratégiques tels que le complexe militaro-industriel, l’industrie nucléaire, l’aéronautique ou encore le secteur spatial.


Ainsi, la Russie veut émerger sur la scène internationale mais reste fragile. Les interprétations sur ses volontés divergent, mais peuvent en tout cas être résumées par Winston Churchill, qui dès 1939 disait que la Russie est « un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme. Mais il y a peut-être une clé. Cette clé est l’intérêt national russe ».


Crédit photo : Wikimedia commons, no change made, TASS News Agency, Creative Commons Attribution 4.0


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