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  • Rita Sidki

Retour sur l’effondrement de la Yougoslavie

Le passage à l’année 2022 marque les 30 ans de l’effondrement de cet État des Balkans. La fin de la Guerre Froide et la chute du bloc communiste a provoqué une explosion des nationalismes à l’Est. C’est notamment le cas dans les Balkans marqués par l’éclatement de la Yougoslavie. Trois décennies plus tard, qu’en est-il pour les pays de la région aujourd’hui et des ex-Yougoslaves ?


Opinions actuelles des ex-Yougoslaves


La perception de la Yougoslavie varie selon les individus et s’inscrit dans une forme de conflit des mémoires, beaucoup d’ex-Yougoslaves associent ce pays à des souvenirs de jeunesse et un idéal du passé. Pour d'autres, les traumatismes de la guerre et de la répression restent présents.


Predrag Lucic, écrivain et journaliste croate, déclarait il y a une dizaine d’années que “La Yougoslavie était notre Union européenne, rêvée par les meilleurs et détruite par les pires.” L’idée de la Yougoslavie reposait alors sur des valeurs proches de celles de l’Union Européenne à sa création : réunir des peuples différents dans un espace économique et culturel commun.


Aujourd’hui, soit trente ans après son effondrement, deux visions de la Yougoslavie antipodiques existent :

D’un côté celle d’un État autoritaire reposant sur une bureaucratie dépassée et un système répressif terrible; et de l’autre, celle d’une Yougoslavie bénéficiant d’une bonne situation économique, d’une certaine forme de liberté de presse et d’un bon positionnement sur l’échiquier géopolitique.


Husnija Kamberovic, un historien d’origine bosniaque spécialisé dans la région de l’Europe du Sud-Est, a déclaré au sujet de la Yougoslavie dans un entretien adressé au journal serbe Le Temps : « C’était le seul grand État des Balkans qui bénéficiait d’une renommée internationale. Toutes les tentatives de création de nouveaux grands États-nations sur les ruines de la Yougoslavie ne sont que des caricatures vouées à un échec historique ».


Dans une autre mesure, le politologue Radivoje Jovovic explique que « Si j’ai de merveilleux souvenirs d’enfance et d’adolescence, je n’ai aucun souvenir agréable des années 1990 et du régime de Milosevic. Je ne peux pas dire que je suis 'yougo-nostalgique' ».


Signature des accords de Dayton

Une histoire complexe entre nationalismes et restructuration des frontières


La Yougoslavie est née en 1918 en tant que premier royaume des Slaves du Sud, rassemblant Serbes, Croates et Slovènes. En 1945 est créée la République socialiste fédérative de Yougoslavie. Issue de la Seconde Guerre mondiale, les Bosniaques, les Macédoniens, les Monténégrins et des minorités albanaises y sont intégrés.

Après la mort du dictateur communiste Tito en 1980, la Yougoslavie est traversée par une montée des nationalismes.


Le 25 juin 1991, les parlements de la Slovénie et de la Croatie décrètent leur indépendance. Ils seront rapidement suivis de la Macédoine et de la Bosnie-Herzégovine.


En 1992, la guerre commence entre les Croates et les Serbes et elle sera marquée par des massacres de masses de Croates et de Musulmans.

Le processus de désintégration de la Yougoslavie dure près de deux décennies et se termine par l’indépendance du Monténégro en 2006 et la proclamation unilatérale de celle du Kosovo en 2008.


Situation actuelle des pays de la région


Tandis que la Croatie et la Slovénie sont devenus membres de l’Union Européenne, les autres pays des Balkans sont empêtrés dans un processus incertain et complexe d’adhésion. Le 6 octobre 2021 un sommet européen consacré à l’élargissement de l’UE aux pays des Balkans occidentaux a eu lieu en Slovénie. Malgré le soutien que la présidente de la Commission Ursula Von der Leyen a voulu montrer aux pays des Balkans et la promesse d’une aide économique de 9 milliards d’euros, ces derniers ne vont pas intégrer l’Union prochainement.


L’année 2021 a été riche en événements dans les Balkans, montrant que la majorité des États de la région est toujours empêtrée dans une forme d’instabilité politique. En Serbie, il y a eu des révélations sur un complot visant à assassiner le président Aleksandar Vucic.


La Bosnie-Herzégovine est actuellement minée par les élites nationalistes, une série de lois a été votée au Parlement ouvrant la voie à la sécession pour la République serbe. La création d’une armée propre à l’entité serbe a aussi été déclarée. Le pays est administré par deux entités autonomes : la fédération de Bosnie Herzégovine et la République Serbe de Bosnie.


La Bulgarie persiste dans ses tentatives de blocage de l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’Union Européenne en accusant Skopje de violations des droits des ressortissants bulgares. Des élections libres et indépendantes ont eu lieu en 2021 au Kosovo. Le résultat est cependant un « renouvellement complet des élites ».

En 2021, a fuité une « note libre » provenant de Slovénie, un document diplomatique non-officiel. Elle propose entre autres des nouveaux découpages territoriaux impliquant la dissolution de la Bosnie-Herzégovine. Cette fuite a été source d’inquiétudes étant donné que dans la région des Balkans, les modifications de territoires ne se font pas sans guerre.


Crédit photo : Wikimedia commons, no change made, NATO, Public domain


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