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  • Alice Desvilles

Attaque djihadiste au Mozambique

Par Marine Testé


Soldats mozambicains.

Les djihadistes s’emparent de la ville de Palma au Mozambique


Samedi 27 mars, la ville portuaire de Palma, située au nord du Mozambique, a été mise à feu et à sang par un groupe djihadiste. Le groupe Ahlu Sunna Wa-Jamma, surnommé Al-Shabab, qui signifie « les jeunes » en arabe, a pris d’assaut la ville, semant derrière eux une dizaine de morts, parmi lesquels on retrouve des civils, des militaires et des expatriés.


Le groupe ayant prêté allégeance à Daesh, l’État Islamique (EI) a revendiqué cet attentat. Le groupe a d’ailleurs utilisé une stratégie héritée de l'EI : il a fait diversion afin d’attirer les soldats au sud dans le but d’attaquer et d’investir la ville.

200 habitants ont été assiégés dans un hôtel, certains ont été décapités avant que l’aide militaire n’arrive. Des militaires ont également été tué lors du sauvetage en tombant dans une embuscade djihadiste. Les images, révélées il y a peu, montrent des maisons en ruines, des véhicules en cendres et des corps sans vie dans les rues, plus d’une semaine après le drame.


Le projet gazier de Total a mis le feu aux poudres


Depuis quelques mois, le groupe français Total mène des travaux dans la région afin de construire un site d’exploitation gazière qui devrait être opérationnel en 2024. Ce projet, impliquant plusieurs milliards d’euros, est le plus grand projet gazier mené en Afrique à ce jour. Total avait suspendu son activité en décembre, demandant au président de sécuriser un périmètre de 25km autour de la zone du chantier des infrastructures gazières. Filipe Nyusi a donc cédé à cette requête et les activités devaient reprendre le jour de l’attaque. Le groupe français a donc à nouveau déclaré suspendre son activité et a déclaré fournir une aide humanitaire et logistique aux civils de la région. De plus, tout le personnel du site a été évacué.


Un message politique


Le groupe djihadiste d’Al Shabab a la volonté de faire comprendre au gouvernement que la province de Cabo Delgado de 80 000km2 n’est plus sous son contrôle.

Le but est de stopper définitivement le projet gazier qui ne pourra pas aboutir si l’État n’arrive pas à chasser les djihadistes. Le projet gazier est un investissement important qui devrait rapporter énormément d’argent au Mozambique dans les années à venir.

C’est donc un fort message politique qui est envoyé au gouvernement qui compte en tirer d'importants revenus. Le mouvement protestataire d’Al- Shabab, d’abord religieux, s’est donc mué en un mouvement politique anti-État.


Soldats mozambicains

Le groupe d’Al Shabab gangrène la région la plus pauvre du Mozambique


Le groupe djihadiste est au départ un groupe d’insurgés locaux de la région du Cabo Delgado au Mozambique. Ils ont pris les armes dès 2017 afin d’aller à l’encontre de la répression qui s’intensifiait dans la religion, d’une part des autorités musulmanes traditionnelles mais également du gouvernement, qui étaient contre une interprétation plus radicale de l’Islam.


Le groupe opère donc dans la province du Cabo Delgado, où il recrute parmi une minorité musulmane. Cette province est le terreau du terrorisme : c’est l’une des plus défavorisée du Mozambique et il y a peu d’accès aux services de base. Le groupe rançonne, procède à la terreur notamment en procédant à de nombreuses décapitations. Par la suite, il prêta allégeance à l’État Islamique et changea peu à peu de stratégie en s’inspirant de l’EI. On dénombre entre 2000 et 2500 morts depuis 2017, et plus de 670 000 personnes ont été obligées de fuir en raison des violences dans la région. C’est une zone difficile d’accès, les journalistes ont besoin d’une autorisation pour y pénétrer.


Réactions nationales et internationales


L’attaque était minutieusement préparée et n’aurait pu être anticipée par les services secrets. La région est sous-administrée, et le gouvernement n’a donc que peu d’informations et ne possède que peu de moyens d’action.


Le gouvernement a déclaré poursuivre sa stratégie de défense : recourir à des sociétés paramilitaires privées et ne pas faire appel à des interventions internationales. Le président a déclaré ne pas souhaiter devenir le nouvel Irak, qui souffre d’ingérences multiples.

Cependant il a tout de même accepté l’aide américaine et portugaise qui ont proposé d'envoyer leurs soldats afin de former l’armée au Mozambique.

L’armée a lancé une opération pour reprendre Palma aux djihadistes, un nombre important d’entre eux aurait déjà été abattu par les forces mozambicaines.


Crédit photo 1 : AMISOM Public Information, Wikimedia Commons / no change made / Creative Commons Zero, Public Domain Dedication

Crédit photo 2 : AMISOM Public Information, Wikimedia Commons / no change made / Creative Commons Zero, Public Domain Dedication

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