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  • Nathan Ruetsch

L’Afrique et la Russie : des liens étroits dévoilés au grand jour

L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le 3 mars une résolution intitulée « Agression contre l’Ukraine », exigeant le retrait des troupes russes d’Ukraine. Sur les 193 membres de l’ONU, 141 ont voté pour, 5 s’y sont opposés et 35 pays se sont abstenus. En Afrique, l’Erythrée s’est opposé à cette résolution, alors que des pays comme l’Algérie, le Burundi, la République Centrafricaine, le Mali, le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Soudan et l’Angola ont choisi de s’abstenir. La Guinée, le Burkina Faso, le Togo, le Cameroun et le Maroc ont décidé de ne pas participer au vote. En se positionnant ainsi, on pourrait penser que ces pays ont choisi de soutenir la Russie dans son « opération militaire spéciale » qui a provoqué la tentative d’invasion de l’Ukraine.



Une influence politique


Selon Mahama Tawat, chercheur en politiques comparées à l'université de Malmö en Suède, ces positions sont prises par des pays gouvernés par des régimes autoritaires ou ayant des liens historiques et militaires avec la Russie du temps de l’ère soviétique et de la Guerre Froide. Ces derniers estiment avoir « une dette » envers la Russie, qui a grandement soutenu les mouvements de libération.


De plus, Moscou a tout fait depuis quelques années pour réactiver ces liens avec ses vieux alliés, en développant ses relations politiques et économiques. En 2019, Vladimir Poutine a organisé un sommet russo-africain auquel ont participé 43 dirigeants africains. En 2020, la Russie était déjà devenue le principal fournisseur d’armes du continent. Plusieurs entreprises russes ont depuis obtenu des licences pour l'extraction de ressources précieuses sur le continent. Il est donc extrêmement difficile pour ces pays de prendre position contre la Russie, sous peine de perdre l’un de leur plus grand partenaire financier et commercial, « on ne se mêle pas comme ça des affaires des grands » a indiqué l’écrivain guinéen Tierno Monénembo à l’agence de presse Deutsche Welle. Cependant, il est important de rappeler que l’Union africaine a appelé au début du conflit au « respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine ».



Des réseaux pro-russes en pleine expansion


Ces pays sont donc propices à la propagation de la propagande russe. Mahama Tawat rapporte que de nombreuses chaînes YouTube de personnalités africaines relayant des « discours déstabilisateurs » en créant une rupture entre l’Occident et les régimes africains, ce qui sert les intérêts du Kremlin. La guerre se poursuit donc sur le terrain de l’information. Même les réseaux plus « classiques » sont ciblés : au Cameroun, la chaîne de télévision Afrique Média relaye régulièrement des messages pro-russes et cultive l’idée d’une « menace de l’Occident » contre « l’allié Russe ».


On assiste aussi à une forte augmentation des partages d’infox sur les réseaux sociaux. L’Institut français des relations internationales a tenté d’analyser la situation et a indiqué dans un rapport que « des récits xénophobes, anti-migrants et anti-musulmans sont produits à destination d’un auditoire européen, tandis que des appels à la décolonisation et à la fin de l’impérialisme occidental visent l’Afrique subsaharienne et le monde musulman ». Cette stratégie vise à cultiver le doute, à défendre la « légitimité » de l'invasion de l'Ukraine et montrer la « supériorité militaire » de la Russie.



Le Groupe Wagner et sa présence militaire


Autre outil d’influence russe sur l’Afrique, le Groupe Wagner, une société paramilitaire détenue par un proche de Poutine. A travers la signature d’accords de défense et la multiplication des activités du Groupe Wagner sur le continent, la Russie a réussi à s’immiscer dans plusieurs pays d’Afrique comme le Mali, la Libye, le Soudan, la République centrafricaine, ou le Mozambique.


Ces dernières années, de nombreuses troupes non-officielles ont été déployées. En Centrafrique, le pouvoir en place a fait appel fin 2020 au gouvernement russe pour contrer l’action de plusieurs groupes armés sur son territoire, et des centaines de paramilitaires russes sont venus renforcer ceux déjà présents depuis 2018. Plus récemment, le Mali a sommé les forces françaises de quitter le pays au profit des Russes, et accueille désormais de nombreux mercenaires du Groupe Wagner, ce qui a provoqué quelques débordements sur les populations civiles.


Crédits photos : Wikimedia Commons, no change made, Creative Commons License.

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