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  • Alice Desvilles

Trump porte un coup fatal au Yémen empêtré dans l’une des pires crises humanitaires du monde

Par Marine Testé

Un dernier coup diplomatique pour le président sortant


C’est le Yémen qui a souffert de l’une des dernières décisions de l’administration Trump. Dimanche 10 janvier, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a annoncé l’inscription du groupe yéménite des Houthis sur la liste noire des organisations terroristes. Il a justifié la décision américaine par la volonté de « tenir (les Houthis) responsables de leurs actes terroristes, notamment pour les attaques transfrontalières menaçant les populations civiles, les infrastructures et le transport maritime. », faisant référence aux tirs de missiles effectués par les Houthis à l’encontre des installations pétrolières en Arabie Saoudite.


Derrière cette décision se cache en réalité une demande de longue date de l’Arabie Saoudite, le dernier coup diplomatique des États-Unis contre l’Iran, leur ennemi commun.

Manifestations contre l'implication de l'Arabie Saoudite dans le conflit yéménite. Crédit photo : Alisdare Hickson/ Wikimedia Commons / No change made

Qui sont les Houthis ?


Les Houthis sont un groupe armé, un groupe politique et théologique adepte de l’Islam chiite. Il se situe dans le nord du pays, là où se concentre 70% de la population. Le groupe a actuellement le contrôle de la capitale Sanaa, de l’administration et de tous les ministères.

Depuis maintenant plus de six ans, le groupe est ouvertement en conflit contre une coalition menée par l’Arabie Saoudite, qui a mené de nombreux raids aériens, tirant sur civils et militaires confondus. Le conflit militaire entre les Houthis et l’Arabie Saoudite a provoqué une catastrophe humanitaire sans précédent au Yémen.


Une crise humanitaire sans précédent : un pays à feu et à sang


Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a d’ailleurs déclaré que le Yémen était en danger imminent de la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies.

Il est estimé que 80% de la population est dépendante de l’aide humanitaire. En effet, il s’agit du pays le plus pauvre de la péninsule arabique.


Le Yémen souffre de famine depuis plus de 40 ans, mais le phénomène s’est d’autant plus accentué depuis six ans lorsque la guerre s’est intensifiée en 2015.

Le pays est fragmenté autour de lignes de fronts. Les infrastructures médicales sont fragilisées et insuffisantes, tout comme les moyens de transports.

La guerre a un affreux coût humain : plus de 100 000 civils y ont trouvé la mort, et autant ont été blessés. Deux millions de Yéménites ont été forcés de fuir à cause des combats.

De plus, le pays n’a pas été épargné par la pandémie du COVID-19. L’économie a été fortement ralentie, raréfiant davantage la nourriture et les produits de première nécessité.


Quelles seront les conséquences de la décision de l’administration Trump?


L’inscription des Houthis sur liste d’organisations terroristes risque de bloquer l’aide humanitaire au Yémen. Or les prévisions indiquent que plus de 16 millions de personnes pourraient souffrir de la faim prochainement. Cela va donc contribuer à nourrir la famine grandissante.


La décision va contraindre les ONG à se retirer du pays. Celles-ci vont devoir fermer leurs bureaux dans la région occupée par les Houthis, région qui regroupe 70% de la population yéménite. Cela va entraver les travaux qu’elles réalisent depuis plusieurs années tels le transfert de fonds afin de financer divers projets au sein du pays.


Si les Houthis étaient venus à être classés comme des terroristes, alors les personnes travaillant au sein des ONG pourraient être poursuivies si elles étaient amenées à parler avec les autorités de la zone, ce qui était le cœur de leur métier. Cela aurait des conséquences humanitaires dévastatrices car l’aide humanitaire des ONG permettait jusqu’à maintenant d’éviter la famine de masse qui menace le Yémen.


Une telle décision entraînerait le blocage des transactions bancaires, ce qui compliquerait l’achat de vivres et de carburant. Cela serait un coup pour l’économie yéménite déjà usée par la guerre. De plus, cela contribuerait à entraver le processus de négociations politiques déjà complexe qui a pour but de résoudre le conflit entre les fragments politiques au Yémen.

Manifestations de Houthis au Yémen. Crédit photo : Henry Ridgwell (VOA), Wikimedia Commons / No change made

Qu’en pensent les Yéménites ?


Cette décision accentue d’autant plus la division du pays, séparé entre les territoires Houthistes et les zones occupées par leurs rivaux.


Les partisans du régime des Houthis ont manifesté contre cette décision dans la capitale Sanaa. Un des responsables a déclaré que le groupe se « réservait le droit de réponse » à cette décision, et a même ajouté : « le peuple yéménite n’a que faire de toute désignation du gouvernement Trump du moment qu’elle est complice dans le meurtre des Yéménites ».


Le gouvernement yéménite, opposé au mouvement du groupe armé, est quant à lui ravi de cette décision qui lui paraît « méritée » en raison des « actes terroristes » des Houthis, pour les punir de leurs « efforts permanents pour prolonger le conflit » a déclaré le ministre des Affaires étrangères dans un communiqué.


Qu’en dit le reste du monde ?


L’Arabie Saoudite, actuellement en guerre avec les rebelles yéménites, a sans surprise salué cette décision, justifiant qu’elle va « dans le sens des appels du gouvernement yéménite légitime à mettre fin aux activités des rebelles ». Au contraire, l’Iran condamne la décision des États-Unis en ajoutant que cette liste noire perd de sa crédibilité.


Le Conseil de sécurité de l’ONU condamne fermement cette décision, estimant que cela contribuerait à amplifier la pire crise humanitaire du monde. Il est important de souligner la fermeté de la prise de position de l’ONU qui peine d’habitude à s’opposer aux États-Unis.


Le Mexique, le Nigéria, la Russie et l’Union Européenne demandent une annulation, accompagnés des parlementaires démocrates qui souhaitent que Joe Biden revienne au plus vite sur cette décision.

Le prix Nobel de la paix de 2020, David Beasley a qualifié la décision de « catastrophique ».

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