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  • Alice Desvilles

Un traité de paix pour le Haut-Karabakh fortement critiqué par la population arménienne

Par Rita Sidki


Mardi 22 décembre 2020, ce sont près de 25 000 manifestants qui se sont réunis à Erevan, la capitale de l’Arménie. Ces rassemblements ont été organisés pour montrer la colère d’une partie de la population envers le premier ministre Nikol Pachinian. L’opposition politique a également appelé à la grève générale. Les manifestants se sont retrouvés près du siège du gouvernement, autour de nombreux ministères et près du bureau du procureur général.

Crédit photo : Wikimedia commons / No change made

La fin de la guerre dans le Haut-Karabakh


La région du Haut-Karabakh, dans le Caucase, a proclamé son indépendance en 1991, lors de l'éclatement de l'URSS. Cette région est majoritairement peuplée d'Arméniens, mais fait partie de l'Azerbaïdjan. Ce séparatisme a été jugé intolérable par la République d'Azerbaïdjan, qui y a envoyé l'armée, mais s'est heurtée à la résistance des habitants du Haut-Karabakh, soutenus par l'Arménie voisine. En 1994, un cessez-le-feu a défini une ligne de démarcation entre les deux zones.


Malgré des combats qui éclataient régulièrement, la situation semblait s’être plus ou moins stabilisée depuis. Mais la tension est remontée depuis le début de l'année 2020 suite à une offensive de l’Azerbaïdjan dans la région le 27 septembre.

Après six semaines d’affrontements dans la région du Haut-Karabakh, l’Arménie a dû reconnaître sa défaite face à l’Azerbaïdjan. Les militaires azerbaïdjanais ont réussi à reconquérir l’enclave et l’Arménie y perd son contrôle militaire.


Le 9 novembre, l’accord de cessez-le-feu accorde en effet de nombreux gains territoriaux à l’Azerbaïdjan. Ce document met un terme au conflit et consacre la victoire formelle à l’Etat. D’après les bilans officiels, au moins 6 000 personnes des deux camps ont péri pendant les affrontements dont des dizaines de civils.


La Russie et la Turquie ont joué un rôle majeur dans la signature de ce traité. Elles veilleront à ce qu’il soit correctement appliqué et à assurer l’ordre régional. Quant à la Russie, les récents évènements lui ont permis d’affirmer son emprise sur les deux pays. La Turquie, elle, s’était engagée du côté de l’Azerbaïdjan en lui fournissant une aide militaire et diplomatique.


L’annonce du cessez-le-feu par le gouvernement a immédiatement provoqué des manifestations et des échauffourées.

Crédit photo : Wikimedia commons / No change made

Nikol Pachinian qualifié de « traître »


Nikol Pachinan a qualifié sur sa page Facebook cet accord d’«incroyablement douloureux pour moi et pour notre peuple » mais affirme qu’il s’agit de « la meilleure solution possible à la situation actuelle ». Les principales formations d'opposition politique ont appelé à la démission du Premier ministre.


Dix-sept partis lui avaient donné un délai d’environ une semaine au début du mois de décembre pour que lui et son cabinet démissionnent. Celui-ci n’a pas cédé aux pressions et affirme que la défaite de l’armée arménienne a été causée par les politiques que ces prédécesseurs ont menées par le passé. Il déplore un système corrompu où certaines élites se sont accaparées les revenus du pays, limitant ainsi les financements militaires.


Portrait du premier ministre


Nikol Pachinan est arrivé au pouvoir en 2018. Ses projets politiques principaux étaient la lutte contre la corruption et les persécutions politiques.


En 2018, un soulèvement populaire porté par la jeunesse arménienne s’est organisé en opposition au régime post-soviétique qualifié d’autocratique et corrompu. Après des semaines de protestations contre le gouvernement en place, le Parlement a nommé l’opposant Nikol Pachinian comme Premier ministre. Ce dernier était une figure centrale du mouvement de manifestations pacifiques contre l’ancien président. Il bénéficiait alors d’une forte légitimité et popularité et symbolisait le début d’une nouvelle ère pour l’Arménie.


La défaite de l’Arménie dans le conflit semble avoir détruit les espoirs de la population. Au moins 2300 militaires arméniens ont péri et le pays doit accueillir près de 100 000 réfugiés du conflit. Tandis que le nombre de cas de Covid-19 explose, les difficultés économiques liées à la pandémie s’accentuent.

Face à l’ampleur des protestations, l’actuel président du pays, Armen Sarkissian, a appelé à des élections législatives anticipées.


 

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